Les signes de l’action du Saint-Esprit au sein du peuple de Dieu

par | Documentation Chrétienne - numéro 19

Accomplis ton œuvre dans le cours des années, ô Éternel! Dans le cours des années manifeste-là ! (Habacuc 3 : 2) [1]

Œuvre de grâce ou œuvre de jugement, tout ce qui est arrêté dans le conseil de Dieu s’accomplira. Le Seigneur poursuit un dessein et il veille à son exécution.

Habacuc, le prophète assailli par l’angoisse de son cœur et les questions qui se posaient à son esprit, vivait de cette espérance, et nous en vivons aussi au milieu des troubles et des interrogations de l’heure présente.

Chrétienté et peuple de Dieu

Le sujet que j’aborde aujourd’hui, «les signes de l’action du Saint-Esprit au sein du peuple de Dieu», fait pendant au thème que j’avais traité il y a deux ans sous le titre: «Visage de la chrétienté contemporaine[2]

Le tableau que je vais brosser formera un vif contraste avec celui du précédent article. Et comment s’en étonner ? Personne n’ignore en effet que, pris globalement, le peuple de Dieu et la chrétienté ne sont pas des réalités qui se recouvrent, mais qui s’écartent l’une de l’autre. Au fil du temps, elles vont même s’écarter à tel point qu’elles finiront par se tourner le dos.

Il est vrai que beaucoup de membres du peuple de Dieu de l’Église corps de Christ – se trouvent dispersés dans la chrétienté, et que de nombreux éléments de la chrétienté font partie du peuple de Dieu, mais les deux blocs, en eux-mêmes, diffèrent radicalement, pour ne pas dire qu’ils s’opposent.

Il faut donc toujours faire soigneusement la différence entre peuple de Dieu et chrétienté.

LA VICTOIRE DU PEUPLE DE DIEU.

La chrétienté, parce qu’elle est un agglomérat de credo, de cultes et de personnes, dépourvu d’homogénéité selon Dieu, est vouée à la ruine et va à la ruine. Le mélange, dans le domaine spirituel, amène de lui-même la dégradation. L’histoire d’Israël, de Juges à Malachie, en est la preuve. Ce qui se passe aujourd’hui, avec des circonstances aggravantes et des conséquences plus funestes, n’est que la répétition du même phénomène.

Mais si la chrétienté fait naufrage – un théologien déclarait récemment: «On est tombé tellement bas que l’on ne peut tomber plus bas» – le peuple de Dieu, lui, ne fait pas naufrage.

Tous ceux que, dans le monde entier, le Seigneur reconnaît comme siens – car il connaît ceux qui lui appartiennent – et qui, de leur côté, prouvent, par leur obéissance inconditionnelle à sa Parole, qu’ils sont à lui, tous ceux-là sont destinés à être des vainqueurs.

Cette espérance et cette assurance reposent sur les paroles mêmes de Christ quant à l’Église: «Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur ce roc je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle» (Matthieu 16:18),

Pas plus que son Seigneur, l’Église ne peut être vaincue. «Ils combattront contre l’Agneau, et l’Agneau les vaincra, parce qu’il est le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois, et les appelés; les élus et les fidèles qui sont avec lui les vaincront aussi» (Apoc. 17:14)

Nous n’avons donc pas le droit d’avoir une vision défaitiste par rapport à l’Église, au peuple de Dieu, même si le masse des Églises, autour de nous, donne des signes de décadence.

Le Seigneur est vainqueur a vaincu, vaincra, et les siens, où qu’ils soient, vaincront aussi, non par leurs propres forces, mais parce qu’ils sont avec lui.

Cette victoire n’est pas l’apanage de quelques privilégiés, de quelques «super-chrétiens» qui constitueraient une «élite» dans le corps de Christ. Non, cette victoire concerne tous ceux «qui ont été appelés, qui sont aimés en Dieu le Père, et gardés pour Jésus-Christ» (Jude 1-2).

On ne peut qu’être frappé par la similitude des termes employés dans Jude et dans l’Apocalypse pour désigner tous ceux qui appartiennent effectivement à Jésus-Christ, chef de l’Église.

Ce qui démarque le peuple de Dieu de la chrétienté en déroute. C’est surtout dans les moments de crise que la ligne de partage entre les vrais et les faux disciples apparaît.

Au chapitre 6 de l’Évangile selon Jean, un de ces moments critiques est atteint. Suite aux paroles radicales du Seigneur sur le pain de vie (versets 53 à 59), un clivage se produit dans la foule des disciples. Les uns, scandalisés – «cette parole est dure: qui peut l’entendre ?» – se retirent et ne vont plus avec lui. Les autres, au contraire, s’attachent à lui, en disent: «Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle» (Jean 6:60 à 69). Le partage s’est fait.

Aujourd’hui, sous la pression de l’apostasie, un partage semblables s’opère sous nos yeux dans la foule de ceux qui professent le christianisme. Nous assistons à une sorte de tri parmi les disciples.

Alors que certains font de plus en plus corps avec la chrétienté décadente et s’enfoncent avec elle dans le compromis et le reniement, d’autres au contraire et gloire à Dieu! se démarquent par des attitudes et des prises de position qui vont tout à fait à contre-courant.  

Ainsi, lorsque nous considérons l’ensemble de la scène religieuse, nous sommes mis en face d’un double spectacle: d’un côté, les signes évidents de la décadence, de l’autre, les signes évidents de l’action du Saint-Esprit.

C’est à ces signes positifs que je vais maintenant m’attacher, aux marques distinctives du peuple de Dieu dans le contexte religieux actuel.

Nous verrons successivement que le peuple de Dieu se signale par les caractéristiques suivantes:

  • il sait ce qu’il croit
  • il est intransigeant sur l’inspiration divine des Écritures
  • il discerne et dénonce le misère spirituelle des Églises
  • il démasque le vrai visage de œcuménisme
  • il condamne publiquement l’immoralisme de notre époque
  • il reste fidèle eu corps des vérités de la foi
  1. LE PEUPLE DE DIEU SAIT CE QU’IL CROIT.

La chrétienté ne sait plus ce qu’elle croit. Elle croit dans de multiples directions, de multiples façons, qui sont souvent des façons «de ne pas croire !» C’est le règne du pluralisme théologique… et du déboulonnement des esprits.

On a qualifié cette situation de «crise d’identité».

Et parce que les Églises ne savent plus ce qu’elles croient, elles n’ont plus de message à faire entendre au monde: il y a aussi crise d’autorité.

Toutefois, Dieu ne s’est jamais laissé sans témoins, même aux heures les plus sombres. Aussi voyons-nous se manifester aujourd’hui, face à une chrétienté informe, un peuple de Dieu qui sait ce qu’il croit, qui n’a pas peur d’affirmer ce qu’il croit, et qui sait aussi rendre compte de ce qu’il croit.

Ce peuple de Dieu est conscient qu’il a un message unique, incomparable, irremplaçable, à prêcher, et il le prêche avec hardiesse, autorité et compétence, sans faire de courbettes devant le monde, sans sacrifier au dieu «science» ou au dieu «humanisme».

Depuis quelque temps, parmi ceux qu’on appelle les évangéliques, se dessine un fort courant pour la remise en valeur des vérités qui constituent le bon dépôt de la foi et qui ont été professées par l’Église de Jésus-Christ tout au cours des siècles.

Les doctrines bibliques sont vigoureusement réaffirmées et la lumière de l’Évangile remise sur le chandelier.

Nous pouvons louer Dieu pour cette nouvelle vitalité, qui se manifeste aussi par la floraison d’ouvrages évangéliques solides, où la piété s’allie à la rigueur logique et à l’érudition.

Signe de l’action du Saint-Esprit également que l’ouverture, ces dernières années, d’institutions académiques où la Parole de Dieu – l’Écriture Sainte – est pleinement honorée. Je pense, en particulier, à l’Académie Évangélique Libre de Bâle, dirigée par le Dr Külling, et à la Faculté Libre de Théologie Réformée d’Aix-en-Provence, fondée en 1974, et dont le doyen est le professeur Pierre Courthial. Dans une conférence donnée récemment à Lausanne, sur le thème «Une nouvelle Réformation ? pourquoi pas ?», celui-ci faisait la remarque suivante: «Cette faculté n’est reconnue par personne, car aucune faculté officielle de France ne l’a reconnue. Mais nous croyons qu’elle est reconnue par Dieu». Fait encourageant: depuis la fondation de cette faculté, le nombre des élèves a passé de 16 à 74. Le Seigneur n’a-t-il pas dit: «J’honorerai celui qui m’honore» (II Samuel 2:30).

  1. LE PEUPLE DE DIEU EST INTRANSIGEANT SUR L’INSPIRATION DIVINE DES ÉCRITURES.

Après les ravages opérés par le critique biblique, ce Goliath de la chrétienté infidèle, nous voyons un signe particulièrement probant de l’action du Saint-Esprit dans le fait que, dans plusieurs pays, divers prédicateurs et théologiens militent pour une position absolument biblique par rapport à l’inspiration des Écritures et leur conséquente autorité et infaillibilité.

Alors que certains évangéliques, influencés par les théories de la critique historique de la Bible, ont abandonné la doctrine de l’infaillibilité totale des Écritures et opté pour une «infaillibilité limitée», l’autre courant, auquel je fais allusion ci-dessus, et qui représente la grande masse des évangéliques, défend une infaillibilité sans limites. Ce courant maintient que la Bible est infaillible et inerrante (sans erreurs) non seulement dans son message, mais dans tous les domaines, c’est-à-dire pour toutes les questions qui touchent à l’histoire et au cosmos. En d’autres termes – et c’est la position que l’Action Biblique a toujours maintenue – l’Écriture Sainte n’est jamais en désaccord, dans ce qu’elle affirme ou enseigne, avec les faits historiques ou scientifiques dûment établis.

Parmi ceux que Dieu a suscités pour «la défense et la confirmation de l’Évangile», j’aimerais signaler, en ce qui concerne l’Angleterre, le théologien anglican J.I. Packer, qui, en 1958 déjà, publiait un ouvrage remarquable de clarté, de logique et de fermeté, sur l’inspiration plénière de la Bible (Fundamentalism and the Word of God, IVF); puis le Dr Martyn Lloyd-Jones, prédicateur presbytérien, successeur de G.Campbell Morgan à Westminster Chapel, connu pour sa position sans compromis à l’égard des Écritures. C’est cette position qui l’a conduit récemment à dénoncer, devant un auditoire de 1500 personnes, un glissement chez certains anglicans et au sein de l’Alliance Évangélique par rapport à le Bible, et qui lui a attiré de sérieuses critiques[3].

En Amérique, l’éditeur de le revue Christianity Today (Christianisme aujourd’hui), Harold Lindsell, e fait paraître en 1976 un ouvrage de combat intitulé The Battle for the Bible (La bataille pour le Bible, Zondervan), qui a provoqué passablement de remous. L’auteur y défend avec beaucoup de courage l’infaillibilité des Écritures. Je rappelle qu’une analyse de ce livre, accompagnée de la traduction de quelques extraits, a paru dans le Témoin de janvier-février 1977, sous le plume de J.H. Alexander :

Avant de quitter le scène américaine, signalons qu’un Conseil international sur l’inerrance Biblique (International Council on Biblical Inerrancy), où figurent en particulier le théologien anglican J.I.Packèr et le Dr Francis Schaeffer, a été mis sur pied en septembre 1977 à Chicago.

Son but est, avant tout, d’étudier et de défendre l’inerrance biblique, dans l’espoir d’amener de profonds changements à l’intérieur de séminaires, de dénominations, d’agences missionnaires et dans d’autres organisations chrétiennes.

En France, des hommes comme Pierre Courthiel et Henri Blocher (professeur à la Faculté de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine) sont des tenants de l’inspiration plénière des Écritures et de l’inerrance biblique.

À ce propos, je cite quelques lignes de Pierre Courthial, tirées d’un article paru dans le numéro de juin-juillet 1977 de Tant qu’il fait jour (mensuel protestant), et intitulé L’éthique sexuelle. Cet article est une réaction à l’ordre du jour voté par le synode national de l’Église Réformée de France, réuni près d’Angers du 19 au 22 mai 1977: «L’Écriture sainte se qualifie elle-même comme étant Parole de Dieu. L’Église universelle a reconnu et proclamé cette qualification qui s’est imposée à elle. Et l’Esprit-Saint n’a cessé d’attester à l’esprit des chrétiens fidèles ce statut, cette qualité, du texte de l’Écriture sainte.

Dieu a toujours parlé aux hommes dans l’histoire – nous est-il affirmé. Encore faut-il préciser que cette Parole de Dieu ne plane pas, loin de nous, indéfinie, variable, dans je ne sais quelle stratosphère; mais qu’elle est là, devant nous, proche de nous, texte précis écrit en notre langage d’hommes texte qui peut et doit être lu, sondé, reçu, suivi dans tout ce qu’il révèle, enseigne, promet, ordonne et défend» (page 3)[4].

Je viens de citer les noms de quelques serviteurs de Dieu en Angleterre, en Amérique et en France, qui sont engagés dans «la bataille pour la Bible». Pour en venir à notre pays, la Suisse, nous connaissons depuis longtemps le ministère béni du Dr Schaeffer, fondateur de l’œuvre de l’Abri (Huémoz). Ce frère, qui a connu de près M.H.E. Alexander, qu’il appréciait, a toujours eu une position sans faille par rapport aux Écritures, et dans la bataille actuelle sur l’inerrance a certainement un rôle stratégique à jouer.

Peut-être les lecteurs du Témoin se souviennent-ils que lors du Congrès de Lausanne, en 1974, le Dr Schaeffer a plaidé avec éloquence et conviction en faveur d’une doctrine absolument orthodoxe quant à la Bible,et qu’il n’a pas craint de mettre le doigt sur les faiblesses et les abandons de certains secteurs du monde évangélique. Pour plus de précision, je renvoie les lecteurs aux pages 49 à 52 du livre Impact et crédibilité du christianisme du Dr Schaeffer (La Maison de la Bible, Genève-Paris, 1975).

Pour clore ce chapitre, je crois juste de signaler encore, qu’en Suisse et en France, certains groupes d’étudiants dans les Facultés de théologie réagissent contre les théories de la critique historique et les principes d’interprétation appliqués arbitrairement à l’Écriture. Dans ce cadre, je cite le revue Hokhme (sagesse), publiée par des étudiants en théologie francophones, dont le principe directeur, dans l’interprétation de la Bible, s’exprime dans les termes de. Proverbes 1:7:

La crainte de l’Éternel est le commencement de la science[5].

Ces signes de l’action du Saint-Esprit au sein du peuple de Dieu ne peuvent que nous réjouir et nous invitent à prier avec ardeur pour tous ceux qui «invoquent le Seigneur d’un cœur pur» (II Tim.2:22).

Paul-André Dubois[6]

 [1]Le Témoin, organe de l’Action biblique, tome 64, No 4, juillet-août 1976, pp.125-129; reproduit avec autorisation. Nous recommandons vivement à nos lecteurs le suite de cette étude qui paraîtra dans les deux prochains numéros du Témoin, écrit par le pasteur P-A. Dubois.

[2]La Maison de la Bible, (Genève) 1976. Les notes sont ajoutées par nous (réd.)

[3]Voyez l’excellent rapport de cette conférence dans la revue anglaise Dedication de nov.-déc. 1977. Nous recommandons cette excellente revue pentecôtiste à nos lecteurs anglophones.

[4]Tant qu’il fait jour No 176, juin-juillet 1977

[5]Sur cette question de l’inspiration divine infaillible des Écritures, nous vous recommandons vivement le dernier numéro (No 8, 1978) de cette revue dont le thème est Bible et interprétation.

[6]Pasteur de l’Action Biblique à Lausanne.