Vu l’importance du débat provoqué par notre dernier numéro, nous avons décidé de publier une partie de la correspondance reçue ainsi que des extraits de nos réponses. Dans ce numéro, nous ne reproduirons que des extraits du débat avec nos lecteurs charismatiques et pentecôtistes. Dans un numéro ultérieur, nous ferons état d’un débat important avec des lecteurs défendant des positions catholiques romaines.

Du Pasteur pentecôtiste Claude FAUSSIE, de Villefranche-sur-Saône nous recevions les remarques suivantes :

«… Je vous accorde qu’il existe dans le monde évangélique et celui de Pentecôte une tendance à la corruption de la saine doctrine, mais la plupart d’entre nous veillons certainement à ce qu’elle ne pénètre pas dans nos milieux. Sous le sigle de Pentecôtistes se trouvent bien des individus ou groupes indépendants aux pratiques farfelues, ainsi que les groupes charismatiques avec lesquels nous n’avons généralement aucun rapport, et dans la doctrine desquels nous ne nous reconnaissons pas. Vous avez à mon sens tort de mettre tout le monde dans le même panier et de ne mettre l’accent que sur des faits marginaux. Vous endossez une grave responsabilité en qualifiant le Mouvement Pentecôtiste d’hérétique. En nous attribuant une prédication sur le St-Esprit telle que vous la décrivez dans votre éditorial, vous faites de nous des blasphémateurs. Il est faux d’écrire que les Pentecôtistes confondent les notions de justification et sanctification avec le baptême du St-Esprit. Nous sommes environ 350 pasteurs des Assemblées de Dieu en France et ne prêchons pas une telle doctrine. Mon but n’est pas d’entrer dans une querelle doctrinale, mais ignorer que l’expérience du baptême du St-Esprit soit clairement décrite dans le Nouveau Testament comme une expérience à part me semble relever de la mauvaise foi. Nous croyons, prêchons et vivons cette expérience, parler en langues compris, et n’avons nullement l’impression de nous adonner en cela à l’occultisme ou à de mauvais esprits ! Loin de nous aveugler sur le cœur de l’Évangile, elle nous porte au contraire à prêcher et à vivre la croix avec toutes ses conséquences.

En terminant, je pense qu’il aurait mieux valu que vous vous renseigniez mieux sur la prédication du Mouvement de Pentecôte sous peine de paraître un rédacteur mal informé et sectaire, et de discréditer votre revue.

Il y a aujourd’hui tellement de signes de dégradation et de mort spirituelle dans le monde religieux qu’il valait mieux viser une autre cible que celle d’un Mouvement qui, malgré ses carences, a fait depuis longtemps ses preuves par son dynamisme et l’authenticité de sa vie spirituelle. »

Voici notre réponse datée du 6.7.1990 :

« Je vous remercie vivement de votre lettre du 3 juillet dernier. Je ne peux que me réjouir de ce que vous m’écrivez au sujet de la condition spirituelle et doctrinale des Assemblées de Dieu de France, au sein desquelles vous exercez votre ministère. Votre lettre me conduit cependant à relever les points suivants que je soumets à votre attention.

Ce que nous critiquons dans le dernier Résister et Construire n’est en aucune façon un mouvement ou un autre, en soi, mais des déviations doctrinales et pratiques qui, à la longue, ont des conséquences néfastes pour l’Église de Dieu. Malgré le caractère pénible d’une telle démarche, d’abord pour celui qui l’entreprend, elle nous semble non seulement salutaire pour l’Église de Dieu, mais d’une nécessité urgente. Rien ne peut davantage favoriser la dégradation spirituelle que le flou doctrinal. L’assainissement, c’est-à-dire, la sanctification de l’Église de Dieu est au prix de ce nécessaire et difficile débat doctrinal. De tels débats ont existé à d’autres périodes de l’histoire du Christianisme où ils ont œuvré au rétablissement de la saine doctrine. La pratique de telles discussions publiques doit aujourd’hui être à tout prix rétablie pour que l’Église puisse à nouveau redevenir cet instrument de Dieu devant lequel les portes mêmes de l’enfer ne sauraient prévaloir.

Si, parmi d’autres études, nous avons publié l’article du pasteur Robert Menpiot, c’est que, d’une part, il nous semblait extraordinairement approprié à la situation actuelle de nos Églises évangéliques francophones, mais également que sa publication dans un tel numéro de notre revue devait paraître comme un témoignage de notre sympathie et de notre attitude fraternelle à l’égard des milieux pentecôtistes, quels que puissent être par ailleurs nos désaccords sur des points précis de doctrine et de pratique chrétiennes. Si nous désirons en effet combattre toutes les erreurs, nous voulons également refuser catégoriquement tout esprit sectaire.

Le sens fondamental du mot hérésie que nous avons employé, non en l’appliquant au pentecôtisme en soi mais à certaines erreurs en son sein, est celui de choix, de préférence, d’opinion particulière. Ce terme s’oppose à celui d’orthodoxie, qui signifie opinion droite, opinion juste. Dans ce sens, l’enseignement particulier des milieux pentecôtistes et charismatiques sur le baptême du Saint-Esprit comme deuxième expérience obligatoire pour tous les chrétiens, expérience nécessairement accompagnée d’un parler en langues étrangères comme signe distinctif, est une hérésie : un choix, une préférence, une opinion particulière. L’étude historique et doctrinale que nous avons publiée sur les origines évangéliques du pentecôtisme cherchait à montrer les sources de cette erreur dans l’histoire spirituelle des derniers siècles, en attirant l’attention sur l’accent toujours plus fort mis par les milieux évangéliques sur l’aspect humain de l’œuvre du salut au dépens de la grâce souveraine de Dieu. C’est cette tendance qui les rapproche de plus en plus du semi-pélagianisme de l’Église romaine.

Les quatre points de l’éditorial qui montraient les implications logiques désastreuses de cet enseignement, et de certaines pratiques pentecôtistes qui l’accompagnent, sur les fondements mêmes de notre Foi : sur la divinité du Saint-Esprit, sur l’unité de la Trinité, sur la toute suffisance de l’œuvre du Christ et sur la plénitude insurpassable de sa Personne, ne sont, à notre avis, que les conséquences logiques nécessaires de l’erreur pentecôtiste sur ce point. Que vous n’enseigniez pas explicitement de telles abominations me réjouit et, disons-le franchement, ne me surprend guère. Mais ces erreurs sont cependant implicites dans l’enseignement pentecôtiste erroné sur le baptême du Saint-Esprit. Car il n’y a qu’un seul baptême (Eph. 4:5) nous dit l’Écriture ; ainsi le baptême d’eau et le baptême de l’Esprit ont la même signification, l’identification à la crucifixion et à la résurrection de Jésus-Christ (Rom 6:3). Paul nous dit également des plus explicitement que tous ont été baptisés en un seul Esprit pour former un seul corps (I Cor. 12:13). Peut-on encore adhérer à la fausse théorie d’une seconde expérience nécessaire après des affirmations aussi nettes ? Certes Dieu accorde à Ses enfants les expériences ultérieures de plénitude qu’Il considère nécessaires à leur vie spirituelle, mais il s’agit là de bien autre chose. Et que faut-il penser de ces chrétiens qui cherchent par toutes sortes de moyens carrément blasphématoires à forcer le Saint-Esprit – Celui qui distribue ses dons comme Il le veut – à faire parler en langues tous les croyants sans exception, comme si Paul n’avait jamais posé la question : Tous parlent-ils en langues ? (I Cor. 12:30) Forcer le Saint-Esprit à agir contre l’enseignement explicite de la Parole de Dieu n’est pas respecté Sa divinité, ni honorer Sa soumission à la Parole faite chair, notre grand Dieu et Sauveur, Jésus-Christ. Le fait que l’enseignement de ces quatre points puisse vous remplir d’horreur et de dégoût montre clairement que sur ces points vous êtes bien plus chrétien que pentecôtiste ! Il faudrait alors tirer les justes conséquences d’une constatation si heureuse, et rejeter aussi ces enseignements contenus dans votre propre tradition qui impliquent de pareils blasphèmes contre la personne divine du Saint-Esprit, l’unité de la Sainte Trinité et l’œuvre parfaite de Jésus-Christ. Il est urgent que l’Église se donne à nouveau la peine de sanctifier dans son sein le nom de son Dieu !

Du Pasteur Pierre DEGLOS, de Soissons, nous recevions les considérations suivantes datées du 24.6.1990 :

« L’expérience m’a appris que des affirmations contraires se défendent avec des arguments égaux, et les chrétiens sont des spécialistes du maniement des textes bibliques pour étayer leurs convictions. Cependant notre logique ne peut juger que de l’enchaînement des propositions et non de la vérité des principes, lesquels, par définition, ne s’enchaînent à rien, ainsi donc toute théorie est un casse-tête futile et un passe-temps sans gaieté. La seule chose qui démontre la vérité de ce qu’un chrétien (ou un philosophe) affirme, c’est cela qu’il est capable d’en réaliser par tous les actes de la vie, par sa puissance et par son rayonnement. La vérité étant tout, c’est de tout son être que l’homme doit comprendre et exprimer la vérité. Elle lui appartient de la façon qu’il appartient à elle, et dans la même mesure. Les preuves de ce que nous avançons doivent se vérifier dans notre propre expérience et si nous nous trompons, nous le faisons par présomption, car nous affirmons, comme les sachant, des choses que véritablement nous ne savons pas. Nous parlons d’une vérité extérieure, d’une vérité de surface, d’une vérité de science et non pas de cette vérité comme l’entend l’évangile. J’ai rencontré personnellement le pasteur Cho de Séoul ; j’ai vécu dans cette église des choses merveilleuses et d’autres qui heurtaient mes convictions ou ma sensibilité, mais j’y ai vu des milliers de vies transformées, la puissance de la prière et l’œuvre authentique de l’Esprit. Qui suis-je et qu’ai-je démontré par ma vie pour me permettre de porter un jugement qui se retournerait contre moi. La plus élémentaire prudence devrait nous ramener à moins de hardiesse dans nos affirmations.

La connaissance qui ne mène pas à l’amour est une connaissance abstraite, pratique, spirituellement vide, pratiquement néfaste et qui mène à la mort, à la destruction, à la division : elle créé merveilleusement des instruments pour la haine. Et l’amour que ne mène pas à la connaissance s’appelle passion, égarement, et certainement péché. Tous nos grands désordres et tous nos grands désastres viennent beaucoup moins de nos mauvais instincts que de nos fortes connaissances, que de nos vertus mal dirigées et s’en allant travailler pour le mal. Le mal ne peut être fait qu’avec des vertus et des talents, il ne peut pas être fait de défauts, car avec des défauts qui sont des manques on ne fait rien. »

À ce témoignage du plus pur irrationalisme, d’un pragmatisme où la vérité se définit par l’expérience, d’un dualisme kantien où la vérité pratique s’oppose à la vérité mystique, vérités qui se trouvent ainsi radicalement coupées les unes des autres, à ces principes fondés sur rien, nous répondions :

« Je vous remercie de la peine que vous vous êtes donnée à m’exhorter à adopter une vision de la vérité chrétienne marquée par une charité vécue qui témoignerait de la puissance vivifiante et transformatrice de l’Évangile. Ici je ne peux que vous rejoindre entièrement. Un souci de fidélité doctrinale séparé de l’amour des frères n’est qu’un airain qui résonne. En effet, la vérité chrétienne ne saurait être une série d’arguments alignée les uns après les autres comme autant de raisonnements rigoureux, sans considération ni des personnes, ni des circonstances.

Mais il nous faut aussi examiner le problème à partir de l’angle opposé. Que pourrait donc être un amour privé de la vérité biblique ? Quel peut donc être le sens que donne la Bible à ce mot amour ? Que veut donc dire Paul quand il écrit, par exemple :

« Je vous rappelle, frères, l’Évangile que je vous aie annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes, et par lequel vous êtes sauvés, si vous le retenez dans les termes où je vous l’ai annoncé ; autrement vous auriez cru en vain. » (I Corinthiens 15:1-2)

Dans le contexte d’un monde chrétien, même évangélique, qui s’éloigne de plus en plus de l’Évangile tel que Paul l’a annoncé, nous avons voulu rappeler dans Résister et Construire les termes précis de cet Évangile, formulations en dehors desquelles cette bonne nouvelle devient un message simplement humain et faux. Et nous savons que si nous substituons un autre message à l’Évangile, notre foi, et toutes nos œuvres qui auront pu en découler, sera effectivement vaine et nous mourrons dans nos péchés, sans assurance et sans espérance. L’enjeu de ce souci de précision doctrinale est de taille : ce n’est rien d’autre que la béatitude du ciel ou les peines éternelles de l’enfer. Ainsi, quelle que puisse être la peine que nous avons pu causer à nos lecteurs, nous sommes cependant convaincus qu’en ouvrant ce débat dans les colonnes de Résister et Construire nous accomplissons une œuvre d’amour, tant envers l’Église de Dieu, qui ne saurait exister sans la connaissance de la vérité, qu’envers les païens eux-mêmes, qui ne pourront jamais être sauvés s’ils n’entendent pas l’Évangile tel qu’il est en vérité. Nous en avons assez des nourritures spirituelles frelatées.

Nous vivons un temps où les hommes ont en horreur la saine doctrine. Ce mal si répandu dans le monde se trouve aujourd’hui dans toutes les Églises. Sans un retour à la saine doctrine, à la Bible – et il ne peut y avoir de doctrine saine si, après avoir été entendue et crue, elle n’est pas mise en pratique ! – il ne saurait y avoir le moindre espoir, ni pour l’Église, ni pour le monde qui se perd. Paul dans la deuxième épître aux Thessaloniciens nous parle

«… de ceux qui périssent, parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. Aussi Dieu leur envoie une puissance d’égarement, pour qu’ils croient au mensonge, afin que soient jugés ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice. » (II Thessaloniciens 2:10-12)

Nous vivons aujourd’hui une telle époque, époque remplie des prodiges menteurs du diable. Pour ma part je n’arrive pas à comprendre comment des chrétiens qui se disent évangéliques peuvent prendre pour référence un homme comme Jongi Cho de Séoul, dont les enseignements publiés en français contiennent un mélange si étrange de croyances bouddhistes et de l’Évangile. N’est-ce pas là une des facettes les plus séduisantes du renouveau actuel du paganisme ? N’oublions pas que Jésus-Christ est le chemin, la vérité et la vie. On ne peut atteindre cette vie que par l’unique chemin, toute autre voie est exclue. Plus encore, pour y parvenir il faut passer par l’unique vérité qui n’est autre que la conformité en Christ de nos pensées à celles de Dieu telles qu’il a daigné nous les révéler dans la Bible. Sommes-nous de ceux qui prennent leur plaisir dans la vérité, ou de ceux en qui la Parole de Dieu ne trouve pas de place ?

« Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu. Vous n’écoutez pas, parce que vous n’êtes pas de Dieu » (Jean 8:47)

dit Jésus aux juifs qui préféraient, hier comme aujourd’hui, leurs traditions infidèles à la loi divine, aux paroles mêmes de Dieu. »

Du Pasteur André WEBER, Surveillant de l’Église de Dieu en France, nous avons reçu la demande de rectification suivante, demande à laquelle nous accédons bien volontiers :

« Votre bulletin désire informer et reconstruire, c’est certainement un but louable dans son intention. Cependant l’impression qu’il laisse semble tout le contraire. Vous ne faites pas vraiment de l’information, mais plutôt de l’information déformée.

Les articles anti-pentecôtistes et anti-charismatiques font un amalgame malheureux de vérités et de contre-vérités que salissent grandement les églises pentecôtistes dont la mienne fait aussi partie. […]

Votre analyse de la doctrine de nos églises pentecôtistes est fausse et vous y arrivez par une habile manipulation. Car nous croyons bel et bien que la justification par la foi est le point essentiel de la conversion, comme étant le point de départ de tout le plan de la grâce de Dieu.

Quant à la sanctification, ou une vie sainte et mise à part, ne fait-elle pas partie de la vie normale du croyant portant le fruit de l’Esprit ?

La régénération est bien l’évidence de l’œuvre de salut accomplie par Jésus-Christ. Eph. 2 nous en parle en termes clairs.

Combien il me semble déplacé et malhonnête de s’attaquer à des hommes comme Moody, Torrey, etc. qui de toute évidence ont contribué à l’œuvre du Seigneur d’une façon remarquable. […]

Vous avez repris aussi la déclaration de trois des groupes pentecôtistes membres de la Fédération Protestante de France, mais là encore votre information est incomplète. Premièrement il n’est pas question ici de trois communautés à tendances pentecôtistes, mais bien de trois groupements ou dénominations purement pentecôtistes. Deuxièmement vous n’avez pas publié la fin de la déclaration dont je suis un des trois rédacteurs et signataires :

« Elles tiennent toutefois à se désolidariser des attaques dont pourraient être l’objet des pasteurs et serviteurs de Dieu abusivement apparentés à ces idéologies [du Nouvel Âge réd.] par des personnes promptes à la critique injustifiée. »

Dans le livre La séduction du Christianisme, une attaque est lancée contre celui que vous ne nommez qu’à mots couverts, je dois parler de Yongi Cho. Concernant la théorie de la quatrième dimension, on a sorti des phrases du contexte de son livre pour l’accuser faussement. La même chose pour John Wimber. Ceci pour dire que nous sommes décidés à combattre l’erreur et la fausse doctrine là où elle se manifeste, mais nous ne voulons pas tomber dans l’excès et le zèle amer qui finirait par ressembler aux intégrismes catholiques et musulmans. »

Voici quelques extraits de notre réponse.

« Permettez-moi de prendre vos dernières observations en premier. La pratique constante de notre revue est de rectifier les erreurs qui nous sont signalées, ce que nous ne manquerons pas de faire dans notre prochain envoi en ce qui concerne les coupures effectuées dans la déclaration de La Porte Ouverte dont nous avons publié des extraits. Nous regrettons seulement que ce que nous appelions Un retour à la Bible ? avec point d’interrogation, aille, nettement moins loin que nous l’avions espéré.

Pour ce qui en est du pasteur Jongi Cho, vous ne pouvez manquer d’ignorer à quel point une partie importante de son enseignement et des pratiques qu’il recommande sont bizarres et peu bibliques, s’apparentant davantage à son bouddhisme d’origine qu’à la Foi délivrée une fois pour toutes aux saints.

Pour ce qui en est de John Wimber, son invitation, pour le moins dangereuse, adressée à tous les chrétiens, de rechercher la pratique actuelle de tous les dons apostoliques nous paraît, pour le moins, téméraire. Elle enlève certainement à l’Église de Dieu ses dernières armes défensives contre la prodigieuse croissance que nous observons aujourd’hui des manifestations surnaturelles d’origine satanique. Si, dans les milieux pentecôtistes, les responsables des Églises au plus haut niveau sont incapables de discerner entre le bon grain et l’ivraie, qu’en sera-t-il des simples fidèles confrontés comme ils le sont à ce que des chrétiens appellent justement et bibliquement (II Thess. 2:8-12, Matt. 24:24, Apoc. 13:13-14, etc.) une pentecôte d’en bas ? Augustin au V siècle, qui n’était nullement opposé à l’exercice des charismes dans l’Église – quel véritable chrétien le serait ? – n’hésitait pas à nommer les faux charismes exercés par de véritables chrétiens une forme de fornication avec le diable.

Si une telle fornication spirituelle dans l’exercice des charismes est approuvée par des responsables pentecôtistes dans les Églises placées par Dieu sous leur responsabilité, comment les simples croyants seront-ils protégés des ravages spirituels de ceux que l’Écriture appelle des loups ravisseurs déguisés en brebis, ou encore des démons déguisés en anges de lumière ? Les juifs, nous disait l’apôtre Paul, recherchaient les signes et les Grecs la sagesse. Nous, disait Paul, nous prêchons Christ et Christ crucifié, puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour quiconque croit. La recherche de la science et des signes se fait toujours aux dépens de la foi. Un tel esprit, qui prévaut si largement aujourd’hui, Jésus-Christ le nommait incrédulité (Marc 8:11-12 ; Matt. 16:1 ;, etc.). La recherche de tels signes, tant à la mode aujourd’hui dans les milieux qui se disent charismatiques, recherche maladive qui s’est répandue dans toute la chrétienté, ne serait-elle pas en effet rien d’autre qu’un signe supplémentaire de l’incrédulité de notre génération qui ne veut plus entendre la prédication simple et fidèle de la Parole de Dieu, qui ne veut plus croire Dieu sur parole ?

Les divers articles publiés dans notre revue sont assez précis pour qu’il soit possible de les réfuter point par point bibliquement. Je suis ainsi étonné de vous voir, dans vos remarques, vous cantonner dans de vagues généralités. Nous avons précisé à plusieurs reprises dans ce dernier numéro que nous ne visons en premier lieu, ni les personnes citées, ni les institutions nommées, mais les erreurs qu’elles se permettaient de véhiculer. Il me semble qu’il serait plus utile de centrer vos efforts sur l’examen biblique de nos positions pour voir si nous avons tort de définir certaines erreurs spirituelles de la manière dont nous le faisons. Comme je le disais à un ami pentecôtiste avec lequel nous avons une excellente communion fraternelle : « Je suis prêt à écouter toutes tes critiques du dernier numéro de Résister et Construire pour autant qu’elles soient fondées sur des arguments bibliques. » Convaincus par l’Écriture, nous sommes évidemment prêts à modifier ce que nous avons écrit.

Les quatre points par lesquels nous cherchons à définir ce que nous nommons l’hérésie pentecôtiste ne sont, à notre avis, que la conclusion logique de l’enseignement classique qui prévaut dans ces milieux sur ce qu’on y appelle le baptême du Saint-Esprit, expérience spirituelle distincte de et postérieure à la nouvelle naissance et obligatoirement suivie par un parler en langues étrangères qui n’est vraisemblablement ni un vrai parler, ni une vraie langue, étrangère ou non, mais un phénomène mystique extra-biblique. Je suis heureux de toutes les bonnes choses que vous me dites concernant l’enseignement des milieux pentecôtistes que vous fréquentez, milieux qui ne seraient, apparemment, guère conséquents dans leur pratique et leur enseignement avec les implications que l’on doit naturellement tirer des doctrines traditionnelles de ces milieux se rapportant à la deuxième expérience pour la puissance.

Ne serait-il pas souhaitable d’examiner, avec toute la précision biblique nécessaire, s’il n’existe pas une contradiction entre ces excellentes choses que vous m’écrivez sur la justification, la régénération et la sanctification, et les slogans si peu bibliques avec lesquels les milieux pentecôtistes et charismatiques nous cassent les oreilles depuis des décennies ?

Pour ce qui concerne les grands noms du Christianisme que nous avons osé égratigner, jusqu’à nouvel avis les figures de proue du christianisme protestant et évangélique ne se sont jamais attribué une autorité infaillible de type pontifical. Une telle autorité nécessite une communication mystique directe avec Dieu. Jusqu’à nouvel avis, le mot d’ordre biblique dans nos milieux n’avait-il pas toujours été d’ « examiner toutes choses et de retenir ce qui est bien », comme l’avait fait les juifs de Bérée qui, tout en écoutant l’enseignement de l’apôtre Paul avec beaucoup de respect, cependant, « examinaient chaque jour les Écritures pour voir si ce qu’on leur disait était exacte » ? Un retour à une telle franchise et une telle volonté de vérification biblique ferait certainement le plus grand bien à nos églises aujourd’hui.

Du Pasteur Yves PERRIER Secrétaire Général de l’Alliance Évangélique Française nous avons reçu la demande de rectification suivante :

«[…] Je sais que vous ne pouvez pas prendre la responsabilité de toutes les opinions exprimées par les auteurs des articles que vous publiez, ou des informations que ces articles contiennent.

Je voudrais attirer votre attention sur une information touchant l’Alliance Évangélique Française, donnée par M. Louis-Michel Fillatre dans son article : Charismatisme et séduction. Je lis (page 40, fin du paragraphe A/c), que les pastorales ou certaines grandes rencontres organisées avec Luis Palau en 1985 à Paris, seraient tout simplement « noyautées » par des responsables du mouvement charismatique… Cette information est totalement incorrecte et je vous demanderais de bien vouloir insérer une rectification dans votre prochain numéro. Tout d’abord pour préciser que l’Alliance Évangélique Française ne patronne aucune pastorale. Elle a, par contre, des sections faites de membres appartenant aux églises locales et ayant élu parmi eux un comité, dans lequel se trouve aussi bien des laïcs que des pasteurs, tous membres de l’A.E.F. à titre individuel ; ce qui signifie qu’ils vivent dans un engagement les uns à l’égard des autres et dans un état d’esprit excluant tout parti pris et toute idée de « convertir » les autres frères à leurs opinions propres.

Quant à la Fête de la Jeunesse Chrétienne, organisée par la Commission Jeunesse de l’A.E.F. que présidait l’un des membres de notre Conseil national, et à laquelle je participais activement, tant à la préparation qu’à son déroulement, je ne vois vraiment pas en quoi ce rassemblement pouvait donner l’impression d’être « charismatique » ; ou même une plateforme favorable au développement d’idées propres à ce mouvement. […]»

Voici les quelques lignes auxquelles se réfère M. Périer :

« — CHARISMATISME ET INSTANCES PASTORALES : En France, le but inavoué de la PASTORALE CHARISMATIQUE BIBLIQUE est de « convertir » le Milieu Évangélique traditionnel. Cette institution récente (1982-1983) opère par les moyens suivants : – autres pastorales (dont celle de l’Alliance Évangélique) – grandes rencontres (Fête de la Jeunesse Chrétienne en 1985, divers Concerts et Festivals, « REV. 89 », etc.) et enfin – littérature évangélique (toutes les Librairies vendent ces livres « sauvages » qui permettent la diffusion des grandes idées du Charismatisme !) »

Renseignements pris, nous voulons bien croire que l’Alliance Évangélique Française ne soit aucunement une organisation officiellement charismatique. Cependant, nous savons de source directe que certaines des sections locales, en particulier dans l’est de la France, sont dirigées par des Comités fortement influencés par ce courant spirituel. Il serait cependant bien naïf de croire qu’un mouvement spirituel aussi influent que ne l’est le charismatisme, (connu pour son utilisation consommée de diverses tactiques typiques des méthodes de dynamique de groupe et dont les efforts à noyauter et à infiltrer les milieux traditionnels ont été couronné de tels succès dans le monde entier), ait des motivations aussi innocentes que le laisse entendre M. Périer. L’indifférentisme doctrinal – « refusant toute idée de « convertir » les autres frères à leurs opinions propres » – dont témoignent les propos de M. Périer, est sans doute le moyen le plus sûr de se laisser gagner par un mouvement animé d’une vision aussi conquérante que ne l’est le charismatisme. »

Pour terminer ces extraits de notre correspondance, citons ces quelques lignes, datées du 26.8.1990, d’un lecteur de notre revue dans le Maryland, aux États-Unis. Le Professeur Fred. Skiff nous écrivait :

« Pendant mon vol de retour aux États-Unis j’ai pu enfin lire le numéro spécial de Résister et Construire. Je pense qu’il est d’une excellente qualité. Je ne crois pas que l’on puisse critiquer ni le ton ni l’esprit de la discussion. Aussi, la perspective historique que tu fournis dans ton article soulève exactement le genre de questions auxquelles le mouvement charismatique devrait faire face. L’ordre des articles est également bien choisi. Le témoignage de Fillatre se comprend bien mieux dans la perspective des articles qui le précèdent. Pour profiter de ce qu’il dit les gens ne devraient pas se demander : « De tels ou d’autres excès précis se produisent-ils dans mon église ? » » mais bien plutôt, « Si de tels choses se produisaient dans mon église sur quelle base pourrait se fonder la réaction des membres ? » Hélas ! un grand nombre ne dispose d’aucun fondement à partir duquel défendre leur doctrine et leur pratique chrétiennes. »

Jean-Marc BERTHOUD