Persécution des Protestants au Mexique par l’Église catholique

par | Résister et Construire - numéros 18-19

Depuis plusieurs années le Service de Presse belge « Eglisi »[1] publie des informations de plus en plus alarmantes sur la situation des protestants au MEXIQUE, situation qui ne cesse de s’aggraver, de sorte que notre devoir est de lancer à leur sujet un véritable cri d’alarme !

À vrai dire nous ne connaissons pas le nombre exacte de ces protestants. Signalons toutefois qu’en 1990 la Conférence épiscopale catholique au Mexique évaluait à 20 % des 83 millions de Mexicains le nombre des adhérents à ce que l’Église catholique romaine appelle des « sectes », amalgame commode qui englobe d’une part des Églises protestantes et évangéliques authentiquement chrétiennes, et d’autre part les vraies sectes les plus diverses. Ce pourcentage de 20 % donnerait donc 16 millions de membres de ces « sectes », et, bien qu’il soit impossible de déterminer la quote-part des Églises et communautés relevant de la Réforme, il ne semblerait pas exagéré de l’évaluer à au moins un million, cela sous réserve de précisions ultérieures. Nous ne connaissons d’ailleurs pas leur répartition exacte entre les diverses dénominations (d’autant plus qu’Eglisi emploie indifféremment les termes « protestants » et « évangéliques », que nous ne pourrons guère départager dans l’étude qui suit). Ces chrétiens, qui sont groupés au sein de « l’Alliance Évangélique du Mexique » et se répartissent en presbytériens, méthodistes, adventistes, pentecôtistes et évangéliques divers sont l’objet de persécutions fomentées par l’Église romaine, qui agit sur des masses crédules et parfois fanatisées, et qui est relayée sur le plan local, notamment en ce qui concerne les protestants indiens, par des gens obéissant à d’égoïstes motifs politiques et financiers.

Après avoir consacré un premier chapitre aux auteurs de ces persécutions, nous examinerons la situation dans la région de Mexico, puis dans certaines « zones indigènes », où se trouvent les Indiens protestants.

Les auteurs des persécutions

Le clergé catholique

Dans toute l’Amérique latine, de la Patagonie au Mexique, l’Église catholique romaine se plaint de la « poussée des sectes religieuses » (selon l’amalgame mentionné plus haut). C’est notamment le cas au Mexique, où il est indéniable que l’Esprit Saint opère depuis plusieurs années un réel mouvement de réveil (ou plutôt d’éveil), qui a pour résultat de nombreuses conversions à diverses dénominations protestantes ou évangéliques, et cela notamment parmi les populations indiennes. La prise de conscience de cette expansion s’est surtout accélérée depuis le recensement de 1990, qui a fait apparaître notamment que la population protestante avait enregistré une croissance significative dans certaines régions de l’État central d’Hidalgo, où par exemple 60 % des chrétiens de la vallée de Mesquital sont évangéliques.

Aussi la Conférence Épiscopale mexicaine considère-t-elle qu’il y a là « un grave problème pour l’Église et pour l’État mexicain, car il porte atteinte à la souveraineté et à l’identité de la Nation. » Et les « sectes » sont accusées de favoriser la pénétration culturelle étrangère (c’est-à-dire des USA).

Pour l’Épiscopat mexicain, toute mesure prise contre les protestants constitue donc une saine réaction d’autodéfense, et il est hélas encouragé dans cette attitude rétrograde et antiœcuménique par diverses déclarations faites par le Pape Jean-Paul II, notamment lors de sa visite au Mexique en mai 1990[2], au cours de laquelle il a dénoncé « le prosélytisme[3] croissant de nombreux groupes religieux qui mettent en danger l’identité catholique du Mexique ». Il a également appelé l’Église catholique mexicaine à ré-évangéliser le pays, entreprise certes des plus nécessaires, mais hélas le clergé et les laïcs mexicains ont interprété cet appel comme un encouragement implicite à la lutte contre les protestants. Et, dans le cadre de cette ré-évangélisation, le « Congrès Missionnaire national » catholique, qui s’est tenu du 8 au 12 octobre 1990, a consacré une partie de ses travaux à la stratégie destinée à contenir « la poussée des sectes ». Mais en fait la lutte contre les protestants, notamment contre les protestants indiens, avait déjà commencé depuis bien des années, mais ce n’était qu’un début…

Dans cette ambiance de lutte il convient de citer un fait des plus significatifs : en 1990 les représentations scéniques traditionnelles et folkloriques du « combat des Chrétiens contre les Maures » (héritage de l’Espagne) ont été remplacés dans divers régions rurales par un combat symbolique et fort peu œcuménique faisant ouvertement référence à « la lutte des chrétiens contre les protestants »[4] ! Dans sa lutte contre les protestants l’Église mexicaine agit de deux manières.

Création d’une ambiance générale anti protestante

Nous assistons à la Création d’une ambiance générale anti protestante ayant pour but de dresser contre eux au moins une partie de la population, et dont on a pu constater l’efficacité dans les localités sur lesquelles nous sommes renseignés. Il est hors de doute que cette agitation commence du haut des chaires dans les églises, mais elle est en outre soigneusement entretenue par la désinformation, sous la forme de bruits divers sur des méfaits imaginaires, commis par des groupes protestants, qui par exemple sont en général accusés d’utiliser tous les moyens pour faire des adeptes, tandis que sur un plan local on accuse des individus ou des communautés d’être, par exemple, des « trafiquants sataniques de drogue », ou bien d’avoir attaqué une paroisse catholique, ou volé des images religieuses dans les églises, ou interrompu une procession catholique, ou encore de détenir des revues pornographiques, etc.…

Sous l’influence des catholiques, cette haine contre les protestants est d’ailleurs attisée par la presse mexicaine, qui s’en prend fréquemment aux « sectes », dont elle dénonce les effets pervers sur la culture nationale, la famille et l’homogénéité de la société mexicaine.

Dans une telle ambiance il est facile d’ameuter et de fanatiser des centaines de catholiques crédules, et d’inciter à l’action les autorités locales dans les compagnes.

Actions ponctuelles contre les protestants

Des prêtres sont souvent à l’origine d’actions ponctuelles contre les protestants, parfois en faisant sonner les cloches pour rassembler les foules avant de les lancer à l’attaque. Dans un autre cas un curé a appelé la police pour mettre fin à une réunion d’évangélisation dans un parc. Dans les territoires indiens, le curé d’un village a excité la population contre les protestants (résultat : un incendie), et ailleurs la paroisse catholique, menée par son curé, agit pour faire expulser les protestants indiens de leurs maisons et de leurs terres.

L’État appelé en renfort par l’Église catholique

D’autre part, et c’est le comble étant donné que les relations avec l’État mexicain sont fragiles (la Constitution de 1917 comporte plusieurs articles très nettement anticléricaux), l’Église catholique ne se gêne pas, depuis plusieurs années, pour demander au gouvernement de limiter les activités des groupes protestants. Et finalement on peut se demander si finalement elle n’a pas obtenu gain de cause, car l’État mexicain a décidé en 1991 de mettre les Églises évangéliques non enregistrées au pas dans tout le pays, en commençant par l’État d’Hidalgo. En effet le président de l’Église pentecôtiste indépendante a été avisé le 13 mars que tous les bâtiments des Églises non officiellement reconnus comme centres religieux seraient fermés, dans cet État, dans un délai de deux semaines. Il s’agit de la mise en œuvre d’une nouvelle réglementation qui prévoit pour l’ensemble du pays la fermeture, dans un délai maximum de trois mois, de tous les bâtiments du culte non enregistrés conformément à la constitution.

Toutefois la procédure bureaucratique est si lourde et si laborieuse qu’il est difficile aux Églises évangéliques d’obtenir l’enregistrement officiel, et les délais d’attente durent parfois des années. D’ailleurs, dans certaines régions rurales, des communautés évangéliques n’ont jamais obtenu l’autorisation de se faire enregistrer, parce que les dirigeants locaux s’y sont opposés. Or leur décision est sans appel. Depuis mars 1991 aucune information complémentaire n’a été obtenue. Récemment, après plus de septante années d’opposition laïque à la religion, le gouvernement mexicain a officiellement reconnu l’Église catholique en lui accordant certains privilèges exclusifs. Cette nouvelle alliance entre le trône et le goupillon n’est guère faite pour favoriser la situation déjà difficile des protestants mexicains.

Expulsions religieuses d’indigènes pour des raisons sordides de politique et de lucre

Sur le plan régional et local, des persécutions et expulsions d’Indiens protestants sont certes fomentées par l’Église catholique, mais elles sont dictées également par des préoccupations sordides d’ordre politique et financier.

En effet la conversion des Indiens au protestantisme a des effets jugés déstabilisateurs par les politiciens locaux, ainsi que par des hommes d’affaires et trafiquants divers. Tout d’abord ces Indiens changent d’option politique, ils cessent de voter pour le Parti Révolutionnaire Institutionnel (P.R.I.) au pouvoir depuis des décennies et donnent leur voix à l’opposition, qui promet de défendre leurs intérêts. D’où la hargne des potentats locaux. En outre ces convertis adoptent une vraie morale chrétienne et cessent notamment de s’adonner à la boisson, alors qu’auparavant il leur arrivait de dépenser jusqu’à 42 % de leurs rentrées pour l’achat d’alcool. En conséquence la baisse enregistrée dans les ventes d’alcool a déchaîné contre eux la mafia de l’alcool, qui craint la contagion du phénomène. Par ailleurs des chefs indiens et des trafiquants locaux, soucieux d’accaparer les terres des convertis, s’unissent à l’Église catholique et aux autorités municipales pour faire expulser ceux-ci.

Région de Mexico

Bien entendu la hiérarchie catholique accueille très mal les campagnes d’évangélisation entreprises par les protestants. C’est ainsi que trois jeunes évangélistes ont été arrêtés au début de décembre 1989 dans un parc de la capitale, où ils avaient installé leur sonorisation et commençaient à interpréter des chants chrétiens sur une musique enregistrée. À un moment ils virent un prêtre en soutane quitter précipitamment la foule des auditeurs et revenir quelques minutes après… accompagné de trois voitures de police dont les occupants emmenèrent les chantres au commissariat. Fulvio Leal, dirigeant de cette équipe, fut placé en isolement cellulaire pendant 24 heures, sans recevoir ni nourriture, ni boisson, ni couvertures (c’était en décembre). Il a finalement été libéré contre paiement d’une amende de 100 000 pesos, pour laquelle aucune justification ne lui a été fournie.

Mais il y a bien pire, hélas, car deux jeunes évangélistes ont été lapidés à mort dans la région de Mexico au début de 1989 par des foules déchaînées, accusés d’avoir « offensé et insulté » les convictions religieuses de la population locale. Le quotidien « Exelsior » donne le nom de l’un d’entre eux, Abelino Jerez Hernandez, âgé de 35 ans, et précise qu’il avait été chassé de la ville de San Diego Carrito (Ouest de Mexico) par plus d’une centaine de catholiques fanatiques qui l’ont lapidé.

Les autorités ont découvert le 26 janvier 1989 dans un terrain vague près du village de Los Reyes la Paz (Est de Mexico) le cadavre du second évangéliste lapidé, Julio Davalos Morales (21 ans), à proximité duquel on a trouvé des pierres couvertes de sang et une serviette contenant des tracts chrétiens. Cet évangéliste avait l’habitude de venir prêcher à Los Reyes le dimanche.

Autre action contre l’évangélisation : une campagne est menée depuis 1987 contre l’antenne de la Société Biblique Wycliffe par divers détracteurs qui demandent son expulsion. Au début de 1989 on lui a encore reproché, entre autres, de « transformer la façon de penser des Indiens des montagnes » de l’État de Vera Cruz (en clair : de les évangéliser), « d’introduire une culture étrangère », et de « déstabiliser la culture et le développement des zones indigènes. »

Agressions contre les protestants

Le début de l’année 1990 a été marqué dans toute la région de Mexico par des agressions violentes contre des communautés protestantes et par un véritable pogrom aux abords même de la capitale.

C’est ainsi que le 16 janvier au soir des fidèles de l’Église pentecôtiste de Xonacatlan (à une quarantaine de km de Mexico) ont été interceptés, alors qu’ils revenaient d’une réunion de prière, par une foule de villageois qui les accusèrent d’avoir volé des images religieuses dans une église catholique voisine. Deux pentecôtistes furent sévèrement battus, et l’un d’eux plus un troisième furent arrêtés, menacés de mort et libérés seulement trois jours plus tard.

A Tepeapulco (75 km de Mexico) neuf croyants de l’Église pentecôtiste du Prince de la Paix ont été attaquée le 3 février au soir alors qu’ils revenaient d’une réunion d’étude biblique dans un village voisin. L’un d’eux a reçu une balle dans la jambe et deux jeunes femmes s’en sont sorties avec des éraflures. Les autorités judiciaires ont refusé d’intervenir.

La veille (2 février 1990) la banlieue immédiate de Mexico avait été le théâtre d’un véritable pogrom antiprotestant. Une veillée de prière groupant 160 évangéliques de diverses dénominations avait lieu dans la ville de Magdalena, lorsque les cloches des églises catholiques de cette ville et de Xicalco, ville voisine, se sont mises, vers 22 heures, à sonner le tocsin. Et des hauts parleurs ont averti les habitants de ces deux villes que des intrus… étaient venus voler leurs terres, et qu’il fallait les chasser immédiatement. Le local où avait lieu la réunion de ces « intrus », c’est-à-dire les évangéliques, fut donc attaqué par une foule hostile armée de machettes, de bâtons et de pierres ; un groupe de catholiques fit ensuite irruption au milieu des croyants et leur ordonna de quitter les lieux. Les évangéliques ont aussitôt commencé à battre en retraite sous une pluie de pierres et sous la menace de milliers de gens qui criaient:« Tuez les ! Ici c’est une ville catholique ! »[5] Une doctoresse qui participait à la réunion a été poursuivie par un camion ; atteinte d’un coup de machette, elle parvint heureusement à se réfugier dans une maison privée, d’où elle sortit finalement sous la protection de la police. Trois pasteurs, dont Juan Isais, vice-président de l’Alliance Évangélique du Mexique, ont été battus et blessés par des pierres. Dix camionnettes de police et sept ambulances sont intervenues, et plus tard des policiers ont reconnu qu’ils avaient été incapables de maîtriser la foule, littéralement déchaînée, et qu’ils avaient risqué leur vie pour couvrir la fuite des évangéliques. Un commentateur de la radio a parlé à cette occasion d’un « acte de barbarie ».

Plus tard, le 11 mars, le culte d’une communauté pentecôtiste de la banlieue nord de la capitale fut interrompu par des catholiques qui se sont mis à jeter des pierres par les fenêtres, et les fidèles ont dû quitter les lieux en toute hâte, sous une grêle de pierres et au milieu des menaces proférées par la foule. Un incident semblable a eu lieu quelques jours plus tard, le 15 mars, a Centenario del Molinito (Nord de l’État de Mexico), où 200 habitants du village ont attaqué un groupe de 300 personnes qui assistaient à la projection du film « La croix et le poignard », qui illustre les efforts d’évangélisation parmi les drogués aux États-Unis. Là encore les spectateurs ont dû fuir sous une pluie de pierres. Et pourtant la projection de ce film avait été autorisée par les autorités locales.

A Santa Ana, petite ville située près de Mexico, la petite communauté évangélique (seulement cinq familles) est l’objet de persécutions de la part des catholiques locaux. Le 5 mai 1991 les cloches de l’église ont sonné le rassemblement de la population pour attaquer le domicile de deux croyants, qui furent battus à coups de crosse et traînés jusqu’à l’Église catholique, où on les a sommés d’abjurer leur foi ; comme ils refusèrent, on les a sauvagement battus, puis on leur a coupé l’eau.

Le 15 mai une croyante de cette communauté fut également traînée hors de chez elle et amenée à l’église… mais le curé intervint en sa faveur. Le lendemain, 16 mai, des actes de vandalisme furent commis contre la maison d’une croyante âgée de 70 ans, qui trois jours plus tard fut traînée jusqu’à l’église ainsi que sa belle-fille ; sous la menace la vieille dame a abjuré, mais sa belle-fille a refusé.

Persécutions des Indiens

Ces persécutions ont commencé vers 1965 au Sud du Mexique, et depuis elles n’ont cessé de s’aggraver, pour s’étendre également à certaines autres régions du pays. Elles revêtent, comme on le verra plus loin, des aspects très divers : agressions et harcèlements, voies de fait allant jusqu’aux coups et blessures, enlèvements individuels et collectifs, attaques contre des lieux de culte, incendies des maisons et récoltes, tout cela aboutissant en général à l’expulsion de protestants indiens hors de leurs villages et de leurs terres.

Ces expulsions, qui montrent bien la collusion entre l’Église catholique et les autorités locales, ont débuté dans les villages de San Juan Chamula et San Muguel Mitontic, (situés tous deux dans l’État de Chiapas à la frontière du Guatémala), à la suite de la conversion de plusieurs milliers d’Indiens, et elles ont par la suite pris un caractère quasi cyclique, fluctuant au gré des périodes électorales (régionales, fédérales ou nationales), dans le double but d’empêcher les protestants indiens de voter contre le parti P.R.I. au pouvoir et de conserver les voix des chefs indiens hostiles aux convertis. Entre 1965 et 1987 plus de 7000 Indiens évangéliques Tzotzils de la région de San Miguel Mitontic ont été expulsés de leurs villages et de leurs terres. Pour ce qui concerne le seul État de Chiapas, on comptait au début de 1991 un total de 23 000 Indiens protestants qui, après leur expulsion, vivaient comme réfugiés dans la « colonie » de la Hormiga, située dans la banlieue de San Cristobal de las Casas !

Des faits

La documentation en notre possession ne nous donne guère de détails sur les mesures prises entre 1965 et 1987 contre les Indiens convertis au protestantisme, mais nous savons que le 22 mars 1987, à San Miguel Mitontic, 230 Indiens protestants (hommes, femmes et enfants) furent arrêtés par 300 hommes armés conduits par le maire, et qu’ils ont été séquestrés pendant trois jours et menacés de mort. A la suite de quoi leur dirigeant fut contraint de signer en leur nom une renonciation à toute croyance religieuse « contraire aux traditions religieuses établies dans la localité ». Et dans cette même localité 600 Indiens tzotzils protestants ont été expulsés de force en 1990.

1990

— Le 9 juin à Amozoc (État de Puebla, au centre du pays) la population a incendié le lieu de culte des protestants. Le lendemain, le curé catholique a encore attisé les passions, et la situation s’aggrava, de sorte que le 2 juillet des catholiques vinrent en masse attaquer et détruire par le feu plusieurs maisons des protestants. De nouveaux heurts ont encore eu lieu le 7 juillet, et en fin de compte environ 400 protestants ont été chassés du village.

— Le 17 octobre, le modérateur national de l’Église presbytérienne du Mexique a été attaqué dans le village de Xusnahab (État de Chiapas) par une foule de catholiques armés de machettes, alors qu’il enquêtait dans la région sur l’authenticité d’informations faisant état de persécutions religieuses. Sa voiture a été fortement endommagée.

1991

— Dans le village d’Amantenago del Valle, situé près de Teopisca (État de Chiapas) la paroisse catholique voudrait expulser tous les presbytériens indiens (membres de la tribu Tzeltal) et, pour commencer, une foule armée de gourdins, de haches et de machettes a détruit les maisons de 17 familles le dimanche 24 février 1991 et chassé ces familles.

Et pourtant la radio de cet État de Chiapas avait annoncé au début de l’année 1991 que le gouverneur ne tolérerait plus les expulsions d’Indiens protestants de leurs terres ancestrales. Néanmoins les autorités municipales, agissant de concert avec des dirigeants indiens et des marchands locaux continuent à agresser et à expulser des centaines de croyants évangéliques des hautes terres verdoyantes de Chiapas. Le cas des 17 familles relaté ci-dessus en est la preuve, ainsi que celui des neufs membres d’une famille du village de Chatoj (même État) qui le 29 mai 1991 furent attaqués par deux fonctionnaires locaux appuyés par une cinquantaine de personnes et qui furent expulsés du village, après que les assaillants eurent menacé de brûler leur maison.

Malgré tout, l’affaire des 17 familles expulsés le 24 février a eu des suites. En effet le Centre catholique des droits de l’homme Fray Bartolomé da Cristobal de las Casas, dirigé par l’évêque Samuel Ruiz et qui dénonce au Mexique et à l’étranger les atrocités commises contre les protestants indiens, a adressé au Président Salinas et à diverses autorités régionales et locales une nouvelle lettre de protestation. C’est pourquoi fin mars 1991 des fonctionnaires locaux ont eu avec ces 17 familles une première réunion au cours de laquelle ils ont posé trois conditions au retour de ces familles sur leurs terres. Alors que ces victimes ont accepté les deux premières conditions, elles ont rejeté la troisième, qui exigeait la prestation d’au moins 85 jours de travail non payé, véritable corvée moyenâgeuse au service de la municipalité. Elles n’ont donc pas signé l’accord, et depuis nous n’avons pas d’autres informations.

Dans d’autres États

— Des persécutions et expulsions analogues ont eu lieu en 1991 dans d’autres États :

— État d’Oaxaca (Sud du pays). Le 19 avril, dans la localité de San Miguel d’Aloapan (qui compte 355 Indiens évangéliques en butte depuis cinq ans à des persécutions constantes) 48 méthodistes ont été attaqués par des représentants du mouvement « Antorcha campesina » (Flambeau paysan) reconnu par le pouvoir, et des fonctionnaires locaux ont entrepris de les expulser de leurs terres, à la suite de quoi les 48 croyants ont été blessés, dont deux par balles. Une autre source précise qu’à la mi-avril plus de 300 protestants indiens de cette localité ont été expulsés et se sont réfugiés à Oaxaca. Et le 12 mai des catholiques de la localité de Miahuatlan ont interrompu un culte et agressé les fidèles ; un des dirigeants de la communauté a été détenu pendant 36 heures dans la prison locale. Depuis 9 mois ces protestants étaient l’objet de persécutions, et fin mars 12 d’entre eux avaient été battus par les villageois.

— État de Puebla. Le 12 juin 1991 les cloches de l’église du village de Progresso de Juarez ont sonné pour rassembler 150-200 catholiques, qui ont ensuite attaqué une maison où était célébré un culte. Ils ont gravement malmené les fidèles, au nombre de 15 seulement ; un enfant âgé de 11 ans, qui reçut un coup de couteau du sacristain, tomba sur une pierre, ce qui provoqua un défoncement de la boite crânienne.

Réactions

En mars 1990 a eu lieu une réunion entre le Président mexicain, Salinas et des représentants de « l’Alliance Évangélique Mexicaine », mais aucun signe d’amélioration n’a été enregistré par la suite, ce dont témoigne d’ailleurs les faits relatés ci-dessus. Et, malgré les centaines de plaintes enregistrées au bureau du gouverneur de l’État de Chiapas pour la seule année 1990, il n’y a pas eu d’actions judiciaires.

Les États-Unis s’inquiètent de cette situation, et ils l’ont fait savoir en avril 1991 au Dr Jorge Carpizio, président de la « Commission Nationale des Droits de l’homme », qui accompagnait le Président Salinas lors de sa visite à Washington. Des membres du Congrès américain, se sont plaints auprès de lui des persécutions de protestants au Mexique, et, comme il affirmait ne rien savoir à ce sujet, ils lui ont exposés un certain nombre de cas concrets récents, ce qui l’obligea à reconnaître que des problèmes existaient effectivement dans ce domaine… mais que des organes gouvernementaux faisaient obstacle au travail de la Commission qu’il préside. Ses interlocuteurs lui ont finalement fait savoir que le Congrès U.S. continuerait à surveiller la situation et jugerait le gouvernement mexicain selon les mesures qu’il prendrait ou ne prendrait pas pour mettre fin à ces persécutions.

Y aurait-il là une lueur d’espoir ? Mais, à ce propos, que font dans cette affaire les Églises protestantes d’Europe ?

Frédéric Goguel

Novembre 1991

[1]      Service de Presse « EGLISI ». Éditeur responsable : M. Willy Fautré. Boite Postale 7, B – 7490 Braine le Comte (Belgique). Paraît deux fois par mois.

[2]      Déclarations renouvelées par le Pape lors de sa visite au Brésil en octobre 1991.

[3]      “Prosélytisme” : Il est assez savoureux de constater que l’Église catholique romaine, qui se plaint du prosélytisme des protestants en Amérique latine, est elle-même, en ex-U.R.S.S. et en Roumanie, l’objet de nombreuses attaques pour “l’expansion du catholicisme au détriment de l’orthodoxie” (Déclaration No. 2 de l’Église orthodoxe roumaine). Cela non seulement à cause de la réorganisation des Églises Uniates (catholiques de rite oriental) mais aussi à cause de l’installation dans ces pays d’évêques (ou administrateurs apostoliques) de rite latin. En particulier, pour l’ex-U.R.S.S., en Ukraine, en Biélorussie, à Moscou, en Sibérie et au Kazakhstan. Les déclarations sur cette question abondent.

[4]      Cette sorte d’ostracisme ou de prétention à l’exclusivité, qui rejette dans les ténèbres extérieures les chrétiens non catholiques, et considère en fait que seuls les catholiques sont chrétiens, se retrouve malheureusement en France dans la bouche d’assez nombreux prêtres et évêques catholiques romains, et pas seulement chez les intégristes. Encore tout récemment un évêque français a dit, à l’occasion de la Toussaint 1991, que ce jour-là les chrétiens de son diocèse allaient à la messe. On pourrait multiplier les exemples. Hélas cette confusion se retrouve chez de nombreux laïcs, croyants ou incroyants, tant dans la presse écrite qu’à la radio ou à la T.V. Par exemple : “Le Pape, ou l’évêque X, s’est adressé aux chrétiens” (en réalité aux seuls catholiques). Cela prouve l’ignorance ou le manque de discernement de ces gens chargés en principe d’informer le public… mais qui semblent en rester à la situation créée par la Révocation de l’Édit de Nantes.

[5]      Dernière heure : le tout dernier bulletin de “Portes Ouvertes” publie la photo d’un écriteau placé à l’entrée du village mexicain de Xochinanacatlan : “Avertissement. Entrée interdite aux protestants, car ce village est catholique”.