Les dangers qui menacent la foi chrétienne aujourd’hui

par | Résister et Construire - numéros 24-25

INTRODUCTION

Dès ses débuts, le témoignage de Dieu dans ce monde s’est trouvé menacé. Adam ne reçut pas uniquement de Dieu l’ordre de cultiver le jardin, de mettre en application ce que l’on appelle aujourd’hui le mandat culturel de l’homme. Mais il avait aussi comme tâche de garder la bonne création de Dieu. Et le mot garder implique des adversaires, des ennemis qui veulent la détruire. Il nous faut certes construire, mais notre devoir est également de résister. À la truelle de ceux qui rebâtissaient les murailles de Jérusalem au temps de Néhémie et d’Esdras, il faut toujours ajouter l’épée qui servira à défendre la cité de Dieu. L’apôtre Paul parle souvent du chrétien d’une manière qui sonne bien étrange à nos oreilles d’évangéliques timorés et souvent spirituellement pacifistes de cette fin du XXsiècle. Pour l’apôtre, le chrétien est ouvrier avec Dieu, ambassadeur du ciel sur terre, mais aussi soldat de son Roi, du Roi des rois, du Seigneur des armées, soldat de Jésus-Christ. Il lui faut revêtir toute l’armure de Dieu et prendre en main cette épée de l’Esprit qu’est la Parole de Dieu. Nous devons nous saisir de toutes les armes offensives et défensives de la foi afin de pouvoir combattre victorieusement pour le Royaume de Dieu (Éphésiens, 6:10-20). C’est bien ce que voyait si clairement le prédicateur réformé baptiste du XVII siècle, John Bunyan, en écrivant son chef-d’œuvre, La guerre sainte[1], puissante allégorie du combat de tous les siècles entre la lumière et les ténèbres, entre l’Église du Dieu vivant et vrai, du Seigneur des armées d’un côté et Satan et ses acolytes spirituels et humains de l’autre.

Depuis dès avant la chute, l’humanité se trouve ainsi en état de guerre. Bien souvent, la bataille de la foi a été perdue parce que les chrétiens se sont endormis dans le sentiment d’une paix trompeuse. Dans cette guerre, il n’y a pas de détente. Il ne peut s’y établir d’entente cordiale entre les adversaires. Ici le désarmement n’est guère de mise. Car notre adversaire ne se détend jamais ; avec lui, aucune entente n’est possible ; et dans ce domaine tout désarmement ne pourra qu’être unilatéral. Les paroles doucereuses et sentimentales du pacifisme religieux ne sont que de dangereuses tromperies. L’Écriture nous avertit à tout moment de la réalité de cette guerre spirituelle permanente livrée par les puissances de ce monde à la cité sainte de Dieu.

I. Avant d’aborder notre sujet, rappelons pour mémoire quelques textes clefs du Nouveau Testament qui mettent en lumière ce combat. Voyons d’abord la description de cette guerre que nous trouvons dans le douzième chapitre de l’Apocalypse.

« Il y eut une guerre dans le ciel, Michel et ses anges combattirent le dragon. Le dragon combattit, lui et ses anges, mais il ne fut pas le plus fort, et il ne se trouva pas de place pour eux dans le ciel. Il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui séduit toute la terre habitée ; il fut précipité, sur la terre et ses anges furent précipités avec lui.

Alors j’entendis dans le ciel une voix forte qui disait : Maintenant est arrivé le salut, ainsi que la puissance et le règne de notre Dieu, et l’autorité de son Christ. Car il a été précipité, l’accusateur de nos frères, celui qui les accusait devant notre Dieu jour et nuit. Ils l’ont vaincu à cause du sang de l’Agneau et à cause de la parole de leur témoignage, et ils n’ont pas aimé leur vie jusqu’à craindre la mort. C’est pourquoi réjouissez-vous, cieux, et vous qui habitez les cieux ! Malheur à la terre et à la mer ! Car le diable est descendu vers vous, plein de fureur, sachant qu’il a peu de temps.

Quand le dragon vit qu’il avait été précipité sur la terre, il poursuivit la femme qui avait mis au monde l’enfant mâle. Alors les deux ailes du grand aigle furent données à la femme pour s’envoler au désert, vers son lieu, où elle est nourrie un temps, des temps et la moitié d’un temps, loin de la face du serpent. De sa gueule, le serpent lança de l’eau comme un fleuve derrière la femme, afin de la faire entraîner par le fleuve. Mais la terre secourut la femme, elle ouvrit sa bouche et engloutit le fleuve que le dragon avait lancé de sa bouche. Le dragon fut irrité contre la femme, et il s’en alla faire la guerre au reste de sa descendance, à ceux qui gardent les commandements de Dieu et qui retiennent le témoignage de Jésus. » (Apocalypse 12:7-19)

Ce n’est pas notre propos d’étudier ici ce texte en détail. Relevons simplement quelques enseignements qu’il peut nous fournir.

  1. Il y a une guerre dans le ciel, une guerre entre les forces de Dieu et celles du Dragon (versets 7-8).
  2. Cette guerre aboutit à la victoire des forces divines. Jésus-Christ a complètement vaincu le diable, l’accusateur de nos frères, par sa victoire sur la croix (verset 10).
  3. Cependant, l’œuvre inique du démon ne cesse pas pour autant. Ayant été vaincu par le Christ il poursuit maintenant son épouse, la femme qui avait mis au monde l’enfant mâle (verset 13). Le diable persécute physiquement les chrétiens, cherchant à les mettre à mort.
  4. Puis nous voyons le diable changer de tactique. Quand Dieu intervient pour délivrer son Église de la persécution physique – les ailes du grand aigle – Satan envoie contre elle une persécution d’ordre spirituelle, un flot d’erreurs et d’hérésies qui menacent de submerger le peuple de Dieu, l’eau de sa bouche (verset 15).

Tirons de ce texte la leçon qu’il nous faut retenir. Le chrétien, arraché par la grâce souveraine de Dieu au règne de Satan, fait partie désormais de l’armée de Dieu. Mais à cette armée sainte, Satan livre une guerre incessante. Parfois il attaque l’Église de front par la persécution physique. Parfois il prend des armes plus subtiles, celle d’une fausse lumière contrefaisant la vraie, et cherche à séduire, à tromper le peuple de Dieu. C’est de ce dernier danger, celui de la séduction, que nous allons plus particulièrement nous occuper.

II. Afin de mieux cerner le combat spirituel dans lequel tout véritable chrétien est inévitablement engagé, prenons un autre texte du Nouveau Testament, lui aussi d’une grande actualité. Il s’agit du chapitre vingt des Actes des Apôtres où nous pouvons lire les avertissements que Paul adressait aux anciens de l’Église d’Éphèse.

« … je l’atteste aujourd’hui : je suis pur du sang de vous tous, car sans rien dissimuler je vous ai annoncé tout le dessein de Dieu. Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour faire paître l’Église de Dieu qu’il s’est acquise par son propre sang. Je sais que parmi vous, après mon départ, s’introduiront des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau, et que du milieu de vous se lèveront des hommes qui prononceront des paroles perverses, pour entraîner les disciples avec eux. Veillez donc, en vous souvenant que, pendant trois ans, je n’ai cessé nuit et jour d’avertir avec larmes chacun de vous. » (Actes 20:26-31)

Aux Corinthiens, Paul écrivait qu’il n’ignorait pas les desseins du diable (2 Cor. 2:11). Ici encore il nous dévoile sa démarche permanente. Satan attaque l’Église de Dieu par la violence ou par la ruse. Ici Paul nous montre que son offensive séductrice a elle aussi un double caractère.

A/ Des loups redoutables s’introduisent de l’extérieur dans la maison de Dieu et détruisent le troupeau. Ici nous avons à faire à une offensive menée de l’extérieur pour détruire l’Église. C’est l’agression dirigée par l’esprit du monde qui sous diverses formes – faux évangile politique, médiatique, psychologique, etc. – cherche à détruire le message de l’Évangile, la prédication de Jésus-Christ crucifié et ressuscité. Les offensives anti-chrétiennes qui, depuis près de trois siècles sous des formes laïques, humanistes et communistes et aujourd’hui pour mieux tromper « humanitaires » tentent partout de saper les bases mêmes du Christianisme, sont des exemples d’un tel type d’agression.

B/ De l’autre côté, Paul avertit les anciens de l’Église d’Éphèse que Satan suscitera une menace plus dangereuse encore, danger qui proviendra de l’intérieur même de l’Église. De faux docteurs se lèveront d’entre les rangs mêmes des fidèles pour séduire le troupeau par des paroles perverses et trompeuses. Ils remplaceront le conseil de Dieu par les opinions des hommes imbus d’eux-mêmes et de leur propre science. Combien de ces faux docteurs, sortis du sein même des fidèles, l’Église n’a-t-elle pas connue ? Pour ne parler que de notre siècle citons – pour me limiter à mes concitoyens helvétiques – quelques noms tirés du palmarès hérétique sans pareil de mon pays : Karl Barth, Emil Brunner et, plus récemment, Hans Küng. Ou encore, pour citer des noms de faux docteurs provenant du pays de ma naissance, l’Afrique du Sud, ces séducteurs spirituels que sont un David du Plessis, un Desmond Tutu, un Michael Cassidy ou un Beyers Naude.

Ainsi l’articulation de notre étude se précise.

  • Un ennemi acharné se dresse contre le peuple de Dieu.
  • Il attaque de front avec violence, ou plus subtilement en déversant contre l’Église des flots de mensonges séduisants.
  • Il attaque l’Église par de faux docteurs, de véritables loups ravisseurs qui y pénètrent de l’extérieur.
  • Finalement, Satan fait lever du sein du peuple de Dieu des pasteurs, des anciens, des docteurs qui, de manière subtile, séduisent les fidèles en pervertissant l’enseignement de la Parole de Dieu et par ce moyen ruinent l’Église.

III. Notre présentation des dangers qui menacent l’Église de Dieu n’est cependant pas encore complète. Il nous reste à examiner l’attaque la plus redoutable de l’ennemi de nos âmes avant d’entrer dans le vif de notre sujet.

Aux chrétiens de Thessalonique, l’apôtre Paul écrivait ces paroles dont l’actualité, malgré les siècles qui nous en séparent, demeure saisissante. Après avoir averti les Thessaloniciens de ne pas prêter attention à des inspirations, à des révélations concernant le retour du Christ qui pourraient lui être faussement attribuées, il ajoute :

« Que personne ne vous séduise d’aucune manière ; car il faut qu’auparavant l’apostasie soit arrivée et que soit révélé l’homme impie (littéralement, ANOMOS, le SANS-LOI), le fils de la perdition, l’adversaire qui s’élève au-dessus de tout ce qu’on appelle Dieu ou qu’on adore, et qui va jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu (dans les écrits de Paul le véritable « temple de Dieu » c’est l’Église) et se fait lui-même passer pour Dieu.

Ne vous souvenez-vous pas que je vous disais cela lorsque j’étais encore auprès de vous ? Et maintenant vous savez bien ce qui le retient, pour qu’il ne se révèle qu’en son temps. Car déjà le mystère de l’iniquité est à l’œuvre, il faut seulement que celui qui le retient encore ait disparu. Alors se révélera l’impie, que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche et qu’il écrasera par l’éclat de son avènement.

L’avènement de l’impie se produira par la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers, et avec toutes les séductions de l’injustice pour ceux qui périssent, parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. Aussi Dieu leur envoie une puissance d’égarement, pour qu’ils croient au mensonge, afin que soient jugés ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice. » (II Thessaloniciens 2:3-12)

Ce texte nous donne des éléments nouveaux pour mieux cerner le caractère des menaces qui pèsent sur l’Église de Dieu. Ces éléments nous permettent de mieux comprendre les dimensions véritables de ce qui se passe aujourd’hui devant nos yeux étonnés.

a) Nous avons ici à faire à toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers dont la source ne se trouve pas en Dieu mais dans la puissance de Satan lui-même. Comment ne pas penser ici à la vague immense d’occultisme, de parapsychologie et d’ésotérisme qui déferle aujourd’hui sur l’Occident déchristianisé apostat et le submerge presque entièrement ? Comment ne pas penser aussi au mouvement dit de la Troisième vague, celui des Signes et des Prodiges, aboutissement des deux premières vagues d’illuminisme religieux : le Pentecôtisme et le Charismatisme qui ont si fortement marqué la spiritualité de notre siècle ? Nous savons aujourd’hui de source sûre et parfaitement documentée que cette troisième vague, ce mouvement de signes et de prodiges a des racines historiques explicitement occultes. Gardons-nous donc de tels faiseurs de miracles.

b) Mais notre passage parle aussi de ces séductions de l’injustice qui parviennent à retenir dans leurs filets tissés de mensonges tous ceux qui ne sont pas animés de l’amour de la vérité. Comment ne pas voir ici ce qui se passe devant nos yeux sur la scène mondiale et dans chacun de nos pays ?

      • Quelle séduction de l’injustice que cette bande dessinée Jo distribuée aux frais du contribuable, à tous les élèves du secondaire en Suisse romande ! Car cette prophylaxie par la permissivité prétend lutter contre le fléau du SIDA en encourageant la jeunesse à se complaire dans les vices honteux qui en sont en fin de compte la cause : rébellion contre les parents, dévergondage, fainéantise, drogue, musique rock, total égocentrisme, etc. Toutes ces choses – les injustices de notre texte – sont bonnes pour autant que nos jeunes fornicateurs révoltés s’arment préalablement de ce talisman (moyen hautement charnel) : la sacrée capote. N’est-ce pas ce morceau de latex – appelés par eux la bonne parole – que ces participants à un congrès international d’homosexuels déguisés en bonnes sœurs et réunis récemment dans la cité de Calvin distribuaient aux passants dans les rues de Genève ? Et cette séduction représentée par la bande dessinée Jo et qui frappe notre jeunesse de plein fouet est d’autant plus injuste que le préservatif qu’elle propose comme solution magique au problème du SIDA est scientifiquement garanti à ne pas protéger de cette maladie.[2] Le préservatif est connu comme protection médiocre contre des grossesses non voulues. Son usage comme protection contre le SIDA conduira immanquablement une proportion importante de ceux qui mettent leur confiance dans les mensonges proposés par l’État (et par bien des milieux ecclésiastiques) à attraper cette horrible maladie qui conduit à une mort certaine.
      • Comment, par ailleurs, ne pas penser ici encore à la séduction de l’injustice telle qu’elle se manifeste dans un pays comme l’Afrique du Sud ? Au nom de la paix, de la justice, de la tolérance, de l’égalité, de l’abandon de toute discrimination, on travaille de pied ferme à abandonner le pays à la pire des racailles – l’A.N.C. – et on exclut de toute discussion sérieuse sur l’avenir du pays les groupes africains qui par le passé ont montré un réel sens de leurs responsabilités civiques. Car sur le plan intérieur, ce pays est en voie d’être livré aux tueurs et aux tortionnaires, déguisés en anges, du Congrès National Africain. Sur le plan extérieur, le gouvernement sud-africain a baissé les bras devant la racaille financière internationale des mondialistes. Les uns comme les autres cachent par les simagrées, les sourires hypocrites de leur humanitarisme, les ambitions politiques les plus crapuleuses.
      • Comment ne pas penser aux séductions de l’injustice lorsqu’on constate le succès incroyable de la campagne soviétique de charme envers l’Occident lancée par Gorbatchev, et reprise par Eltsine, en vue de faire payer à l’Occident le renflouement économique, moral et spirituel du communisme moribond ?
      • Comment ne pas penser aux montagnes de mensonges déversées par tous les médias sur un Occident avide de faussetés concernant la crise yougoslave ? Contrairement à toute raison et aux innombrables informations qui témoignent de crimes commis par toutes les parties on y démonise la seule nation serbe qui devient ainsi le bouc émissaire qui sert à couvrir pudiquement les innombrables injustices d’un Occident corrompu.
      • Comment ne pas penser, finalement, que l’expression séduction de l’injustice est peut-être la meilleure définition de l’épouvantable décervellement par le mensonge et la nullité qui caractérise la télévision ?[3]

c) Mais il y a plus. Notre texte nous fait voir à travers l’œuvre de cette injustice et la séduction qui l’accompagne, la main même de Dieu. Il envoie lui-même, aux hommes qui refusent la vérité et prennent plaisir à l’injustice, une puissance d’égarement pour qu’ils croient au mensonge, qu’ils soient enfermés définitivement dans le système de tromperie et de méchanceté dans lequel ils ont mis toute leur confiance et qui les conduit inexorablement à la perdition et au jugement.

Ainsi, nous voyons, d’un côté le camp des saints, la ville bien aimée dont nous parle Apocalypse XX, cette Église militante qui s’appuie sur la Vérité de Dieu qu’est la Bible, qui met toute sa confiance dans son Roi et Sauveur, Jésus-Christ et qui marche dans l’obéissance aux commandements de Dieu. De l’autre, se dresse l’immense horde de ceux qui mettent leur confiance dans le mensonge, dans l’injustice et dans la puissance trompeuse d’un monde totalement révolté contre Dieu. À nos yeux humains l’issue peut paraître désespérée. Mais notre texte nous le dit bien clairement : cet impie, ce monde impie est éphémère. Le Roi des rois, notre Seigneur Jésus-Christ le détruira définitivement par le souffle de sa bouche et l’écrasera par l’éclat de son avènement (II Thessaloniciens, 2:8). L’approche de tels événements doit nous encourager à redresser nos têtes, car la victoire de Dieu est proche (Luc 21:28). Bientôt le diable, qui pour une dernière fois séduit toutes les nations de la terre, va être pour toujours jeté dans l’étang de feu et de soufre avec la bête – l’État totalitaire mondial, sans Dieu ni loi – et le faux prophète – cette prostituée spirituelle qu’est le syncrétisme religieux universel. Cette religion mondiale, à la formation de laquelle travaille si fortement le Conseil Œcuménique des Églises, n’est qu’un ramassis de toutes les erreurs spirituelles d’une humanité qui refuse avec une terrible obstination de se repentir devant Dieu. Ainsi l’œcuménisme des erreurs s’oppose au camp des saints.[4]

Nous voyons la constitution d’un mondialisme politique et religieux qui rejette de toutes ses forces les enseignements de la loi de Dieu dans tous les domaines de la vie personnelle et sociale. Ces impies endurcis ne veulent plus rien entendre du Seigneur de l’univers, du Roi des nations et du Sauveur du monde, Jésus-Christ. En face de la prostituée se tient cette Cité de Dieu qui, dans sa faiblesse et son impuissance humaine, s’appuie entièrement sur son Sauveur et son Roi. C’est à une telle Église, celle de Rome, située au cœur de l’Empire romain, bête apocalyptique de l’époque, que Paul écrivait que « Le Dieu de paix écrasera bientôt Satan sous vos pieds. » (Romains 16:20). Car c’est à de telles Églises locales qu’appartient la victoire, dans ce monde et dans le monde à venir, quand elles se confient dans le Tout-Puissant et obéissent à ses commandements.

COMMENT DISCERNER SUR QUELS POINTS L’ÉGLISE DE DIEU EST AUJOURD’HUI ATTAQUÉE ?

Je pourrais maintenant tenter d’entreprendre la description d’un catalogue des dangers qui de tous côtés aujourd’hui menacent l’Église fidèle de Jésus-Christ. Il serait en effet possible de dresser une telle liste des adversaires du Royaume de Dieu ainsi que celle des erreurs et des hérésies sans nombre qui sapent de toutes parts la foi chrétienne. Mais un tel catalogue de maux serait fastidieux, peu édifiant, sans doute ennuyeux et même, peut-être, accablant à entendre. La sentinelle de Dieu doit certes sans relâche scruter les ténèbres de la nuit pour percer leur opacité et tenter de discerner où se tapissent les dangers et les erreurs mortelles qui menacent la Cité de Dieu. Mais il faut qu’en le faisant le peuple de Dieu soit aussi encouragé, édifié, fortifié, instruit. Il ne faut pas seulement discerner le mal, mais il faut l’éclairer à la lumière divine de la Parole de Dieu. Car c’est bien l’Église de Dieu, le Corps de Jésus-Christ, le rassemblement des fidèles (ou de ce qui en reste) qui subit aujourd’hui les assauts furieux des puissances infernales.

Mais, en premier lieu, posons-nous une question essentielle : Comment donc s’est formée cette Église ? Comment est-elle venue à naître et à grandir ? La réponse est simple. C’est par la prédication fidèle de la Parole de Dieu, de l’Évangile du Royaume de Dieu. Mais ce Royaume, quel est-il donc ? Ce Règne de Dieu sur la terre n’est autre chose que le rétablissement de cette Alliance originelle établie par Dieu avec Adam dès la création du monde. Au travers du premier homme, par l’obéissance sans faille d’Adam, Dieu maintenait son Alliance avec sa bonne création. Dans la guerre menée par Satan contre l’Éternel, cette Guerre Sainte dont nous parle l’allégorie de Bunyan, il y eut une première défaite : l’Alliance de création fut rompue par la faute de nos premiers parents et l’humanité tout entière fut livrée au péché et à la mort. De son côté, par l’effet de cette faute première, l’univers fut abandonné à la corruption et à la vanité. Dès ce moment fatal, Dieu mit en œuvre son dessein éternel de salut pour son peuple et de reconquête d’une création corrompue par la faute de l’homme. La Bible tout entière n’est que le récit de la guerre victorieuse de Dieu pour le rétablissement de l’Alliance éternelle rompue par la faute du premier homme. C’est l’histoire du salut d’un monde irrémédiablement perdu, sans l’initiative de Dieu, que nous relatent les récits inoubliables de la Bible. Partout elle nous parle de l’amour miséricordieux de Dieu qui ne veut pas la mort du pécheur et la destruction de l’univers. Dieu veut que le pécheur se repente et qu’il vive et qu’à travers cette vie nouvelle puisse s’accomplir le renouvellement de la création tout entière.

Cette histoire biblique du renouvellement de l’Alliance passe par des étapes diverses. Celles des patriarches, de Noé, d’Abraham, de Moïse, de David, de Néhémie et d’Esdras. Elle aboutit à son rétablissement triomphal – ce que nous appelons la Nouvelle Alliance – Alliance qui fut parfaitement accomplie par la vie sans tache et juste, par la mort, la résurrection et l’ascension du Fils éternel de Dieu, vrai homme et vrai Dieu, notre Sauveur et Seigneur Jésus-Christ. Par ce divin Médiateur fut rétablie l’Alliance, institué le Royaume et fondée l’Église. Son œuvre parfaite de justice active – son obéissance sans faille à la loi divine – et de justice passive – paiement complet de la dette du peuple qu’il s’est racheté – ont inauguré la nouvelle création. Cette œuvre parfaite de Jésus-Christ est appliquée au croyant par le Saint-Esprit envoyé une fois pour toutes à la Pentecôte, par le Père et le Fils, pour inaugurer le Royaume de Dieu sur la terre, pour fonder l’Église, corps de son divin Chef.

Pour mieux cerner les dangers qui nous menacent aujourd’hui, nous allons brièvement examiner ce qu’est cette Alliance et sur quels points elle est attaquée par les ennemis de Dieu et de son Église. Décrivons, tout d’abord, de manière sommaire les caractéristiques principales de cette Alliance divine dont la structure essentielle (qui fait l’armature de toute la Bible) reste la même de la Genèse à l’Apocalypse.

QU’EST-CE DONC QUE L’ALLIANCE DE DIEU ?

L’Alliance est le moyen par lequel Dieu agit envers sa création au travers de l’histoire tout entière. C’est cette structure, nous le verrons, qui régit encore aujourd’hui l’action de Dieu à l’égard de son Église et de sa création. La doctrine de l’Alliance, dont la personne même du Christ est la pierre angulaire, est cette clef de la connaissance qu’évoqua Jésus-Christ lorsqu’il adressa ce reproche cinglant aux Scribes et aux Pharisiens de son temps :

« Malheur à vous, docteurs de la loi, parce que vous avez enlevé la clef de la connaissance ; vous n’êtes pas entrés vous-mêmes et vous avez empêché d’entrer ceux qui le voulaient. » (Luc 11:52)

Empressons-nous de nous saisir de cette clef et par elle d’ouvrir ensemble le sens des Écritures. Lisons quelques versets du livre du Deutéronome – nous aurions pu en choisir bien d’autres – qui nous aideront à discerner les principales articulations de l’Alliance de Dieu avec son peuple à toutes les époques de l’histoire du monde.

Voici les paroles que Moïse adressa au peuple d’Israël juste avant son entrée dans la terre promise, paroles qui s’adressent aujourd’hui encore au peuple de la Nouvelle Alliance dont nous sommes les membres :

« … Tu es un peuple saint pour l’Éternel ton Dieu ; l’Éternel ton Dieu t’a choisi pour que tu sois un peuple qui lui appartienne en propre parmi tous les peuples qui sont à la surface de la terre. Ce n’est point parce que vous surpassez en nombre tous les peuples, que l’Éternel s’est attaché à vous et qu’il vous a choisis, car vous êtes le moindre de tous les peuples. Mais parce que l’Éternel vous aime, parce qu’il a voulu tenir le serment qu’il avait fait à vos pères, l’Éternel vous a fait sortir à main forte, vous a libérés de la maison de servitude, de la main du Pharaon, roi d’Égypte. Tu reconnaîtras donc que c’est l’Éternel ton Dieu, qui est Dieu. Ce Dieu fidèle garde son alliance et sa bienveillance jusqu’à la millième génération envers ceux qui l’aiment et qui gardent ses commandements. Mais il rend leur dû directement à ceux qui le haïssent et il les fait périr ; il ne diffère pas envers celui qui a de la haine pour lui ; il lui rend directement son dû. Tu observeras donc le commandement, les prescriptions et les ordonnances que je te donne aujourd’hui, pour les mettre en pratique.

Du moment que vous écouterez ces ordonnances, que vous les garderez et les mettrez en pratique, l’Éternel ton Dieu gardera envers toi l’alliance et la bienveillance qu’il a jurée à tes pères. Il t’aimera, il te bénira et te multipliera ; il bénira le fruit de tes entrailles et le fruit de ton sol […] » (Deutéronome 7:6-13)

Que nous dit ce magnifique texte au sujet de l’Alliance de Dieu ? L’Alliance dont il est ici question n’est pas un simple contrat entre deux parties égales. Le terme Alliance est celui que nous trouvons dans l’appellation courante des deux parties de nos Bibles : Nouveau Testament et Ancien Testament. Le mot testament n’est que la transposition latine, testamentum, du mot grec diatheke ou de l’hébreu berith. Le Dictionnaire Robert donne la définition suivante du mot alliance.

« Acte par lequel on s’allie, union contractée par engagement mutuel. »

Ceci est vrai pour toutes les alliances entre partenaires placées sur le même plan. Pour l’Alliance dans le sens biblique, la définition donnée par le Robert est la suivante :

« Pacte entre Dieu et un peuple choisi. »

Le glossaire de la Bible à la Colombe nous dit de l’Alliance qu’il s’agit d’un,

« Contrat entre deux parties, entre Dieu et un homme ou entre Dieu et son peuple ; non pas un accord entre deux parties contractantes mais une disposition souveraine établie par l’une d’elle. »[5]

Et le théologien américain O. Palmer Robertson la définit comme suit dans son ouvrage, Le Christ des Alliances :

« Lorsque Dieu établit une relation d’alliance avec les hommes, il établit souverainement avec eux un lien de vie et de mort. »[6]

Nous verrons que ces divers éléments ressortent clairement du texte du Deutéronome que nous venons de citer.

Une Alliance souveraine

Premièrement, nous voyons qu’il ne s’agit pas ici d’un accord démocratique entre parties égales, mais d’une Alliance de type monarchique, établie souverainement par Dieu avec son peuple. Notre texte nous dit que,

« L’Éternel ton Dieu t’a choisi pour que tu sois un peuple qui lui appartienne en propre. » (v.6) « L’Éternel s’est attaché à vous et il vous a choisis. » (v. 7) « L’Éternel vous aime […] il a voulu tenir le serment fait avec vos pères […] L’Éternel vous a fait sortir à main forte, vous a libérés de la maison de servitude. » (v.8)

Et nous trouvons finalement cette déclaration majestueuse,

« Tu reconnaîtras que c’est l’Éternel, ton Dieu qui est Dieu. » (v.9)

C’est Dieu lui-même qui est l’Initiateur unique de l’Alliance.

Les Alliances sont des étapes dans le déroulement de l’œuvre de Dieu dans l’histoire

Notre texte nous montre que cette Alliance que Dieu établissait avec son peuple à la fin de son long séjour dans le désert et juste avant son entrée dans la Terre promise n’était aucunement une nouveauté. Dieu ne faisait ici que « … tenir le serment qu’il avait fait avec ses pères. » (v.8). Qui sont ces Pères avec lesquels Dieu avait auparavant établi son Alliance ?

  • Alliance avec Moïse au Sinaï (Exode 19-20)
  • Alliance avec Abraham (Genèse 17)
  • Alliance avec Noé (Genèse 9)
  • Et, en tout premier, l’Alliance originelle établie avec Adam lors de la création (Genèse 1 et 2).

Ainsi la création elle-même est inclue dans l’Alliance de Dieu avec les hommes. Après le déluge l’arc-en-ciel devint le signe « … de l’alliance perpétuelle entre Dieu et tous les êtres vivants qui sont sur la terre. » (Genèse 9:16) Et dans le livre de la prophétie de Jérémie nous lisons :

« Ainsi parle l’Éternel :
Si vous pouvez rompre mon alliance avec le jour
Et mon alliance avec la nuit,
En sorte qu’ils ne soient plus jour et nuit en leur temps,
Alors se rompra aussi mon alliance
Avec David mon serviteur… » (Jérémie 33:19-21)

Cette même Alliance est par la suite renouvelée avec David et avec sa descendance. Elle est rétablie sous le règne du pieux roi réformateur, Josias (2 Rois 23) et renouvelée avec Néhémie et Esdras après la déportation du peuple de Dieu à Babylone. Finalement elle est parfaitement et définitivement accomplie en Jésus-Christ par sa mort à la croix et par sa résurrection du tombeau. Parlant de cette nouvelle Alliance, le Seigneur Jésus, nous dit l’évangéliste Matthieu,

« … prit ensuite une coupe, et après avoir rendu grâces, il la leur donna en disant : Buvez-en tous car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance qui est répandu pour beaucoup, pour le pardon des péchés. » (Matthieu 26:27-28)

Ainsi, comme nous le laisse entrevoir notre texte, l’Alliance de Dieu est à la fois éternelle et historique, une et diverse.

Il s’agit clairement d’une Alliance de grâce

Dans sa grâce, Dieu choisit le peuple d’Israël pour en faire l’objet de ses bienfaits (v.7). Le motif du choix d’Israël par Dieu n’est autre que l’amour immérité de Dieu pour ce peuple (v.8). C’est par la grâce de Dieu qu’il sortit de la servitude d’Égypte (v.8). Ce Dieu miséricordieux est fidèle et il maintient son Alliance avec son peuple et il garde sa bienveillance jusqu’à mille générations avec ceux qui l’aiment et gardent ses commandements (v.9). Toutes les initiatives dans l’Alliance viennent de Dieu dont un des plus beaux noms est celui d’Emmanuel, Dieu avec nous. L’on ne peut rien imaginer de plus contraire aux religions païennes où l’initiative du rétablissement du rapport avec la divinité vient toujours des efforts de l’homme et dont le slogan est toujours, Nous avec Dieu.

Le but, le contenu et les bénédictions de l’Alliance

Les clauses qui définissent le contenu de l’Alliance ne sont autres que la Loi de Dieu, type et figure de notre Seigneur Jésus-Christ. Le but de cette Alliance établie entre Dieu et son peuple est d’obtenir que ce peuple marche dans la fidélité aux commandements de Dieu. Dieu est fidèle et il garde son alliance de bienveillance envers ceux qui manifestent leur amour et leur reconnaissance envers Celui qui, par pure grâce, les a choisis, appelés, délivrés et aimés, par leur volonté persévérante de garder les commandements de Dieu. Le but n’est pas seulement d’écouter les ordonnances de la Loi de Dieu, mais de les garder, de les mettre en pratique et ainsi de glorifier Dieu. Si le peuple de l’Alliance fait cela, il sera béni par le Dieu de l’Alliance, car,

« … l’Éternel ton Dieu gardera envers toi l’alliance et la bienveillance qu’il a jurées à tes pères. » (Deutéronome 7:22)

Les effets de l’obéissance du Sauveur pour son peuple sont admirablement exprimés dans le huitième chapitre de l’épître de Paul aux Romains :

« Car – chose impossible à la loi, parce que la chair la rendait sans force – Dieu, en envoyant à cause du péché son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché, a condamné le péché dans la chair ; et cela, pour que la justice prescrite par la loi soit accomplie en nous, qui marchons, non selon la chair, mais selon l’Esprit. » (Romains 8:2-4)

Ainsi, dans l’incarnation du Fils de Dieu et dans toute son œuvre de salut, fut accomplie l’Alliance. Ainsi fut rétabli le Royaume de Dieu par la réconciliation de Dieu avec son peuple. Cette restauration fut effectuée par l’expiation du péché et par l’imputation au peuple de l’Alliance – aux élus – de la parfaite justice de Jésus-Christ.

« Car le Royaume de Dieu, ce n’est pas le manger ni le boire, mais la justice, la paix et la joie par le Saint-Esprit. » (Romains 14:17)

C’est par l’accomplissement définitif de l’Alliance à la croix que Jésus-Christ s’est constitué un corps, son Église, ce peuple des élus tirés de toutes les nations, cette nation sainte, cette cité céleste. C’est dans le corps de Jésus-Christ, dans son Église, que l’on trouve les prémices de renouvellement de la création tout entière.

Les malédictions de l’Alliance sont pour ceux qui en refusent les conditions

Ceux qui rejettent l’Alliance et qui en refusent les conditions – l’obéissance de la foi aux commandements de Dieu – sont livrés aux malédictions contenues dans l’Alliance, à la colère du divin Suzerain de l’Alliance justement irrité contre eux. C’est ce qu’indique notre texte. Ceux qui haïssent Dieu et persistent avec une obstination proprement démoniaque dans leur révolte, le Suzerain de l’Alliance les fait périr. Car Dieu ne diffère pas son jugement envers ceux que se révoltent contre le Roi de toute la création, contre l’Alliance établie par lui et contre les lois de son Royaume.

Il s’agit, enfin, d’une Alliance établie par Dieu avec une communauté

Finalement notre texte nous montre que l’Alliance de Dieu n’est pas établie simplement avec des individus isolés mais, au travers de ces individus, avec un peuple, avec une nation, avec un corps organiquement constitué autour de son divin chef. La bienveillance de Dieu ne se montre pas seulement envers ceux avec lesquels Dieu a institué l’Alliance mais aussi avec leur postérité, avec ceux de leur descendance qui aiment Dieu et qui observent ses commandements. Ce qu’enseigne le Nouveau Testament concernant la solidarité de toute la race humaine au péché d’Adam ainsi que l’imputation de la justice du Christ à l’ensemble du peuple des élus apparaît ici clairement. Car les bénédictions que reçoivent les enfants sont liées à la fidélité de Dieu à l’égard des promesses faites par lui à leurs pères. Dieu en effet garde son alliance et sa bienveillance jusqu’à la millième génération envers ceux qui l’aiment et qui gardent ses commandements. S’il y a solidarité de toute la race humaine dans le péché originel d’Adam, il y a également solidarité de toute la race des élus dans la justice du Christ. Nous faisons inéluctablement partie d’une communauté, que ce soit celle des perdus en Adam, ou celle des sauvés en Christ. Au travers de sa personne, nous partageons la communion de tous les saints dans le corps du Christ qu’est l’Église. Il n’y a guère de place ici pour cet individualisme égocentrique si caractéristique de la vie de nos sociétés occidentales déchristianisées.

Voici sommairement exposés quelques points essentiels de la doctrine biblique de l’Alliance. Chacun de ces point est aujourd’hui l’objet d’une attaque permanente et déterminée de la part de tous les ennemis de Dieu et de son Royaume. Nous allons maintenant brièvement passer quelques-unes de ces attaques en revue, montrant ainsi quels aspects de l’Alliance de Dieu sont aujourd’hui visés par l’adversaire.

LA GUERRE DE L’ESPRIT DU MONDE CONTRE L’ALLIANCE DE DIEU

L’Alliance souveraine sous attaque

Nous l’avons vu, l’initiative dans l’Alliance vient du Dieu souverain seul. Dieu est par essence distinct de sa création, bien que le Christ la soutienne à chaque instant par sa force souveraine. Je relèverai ici deux attaques particulièrement efficaces et dangereuses contre l’Alliance souveraine de Dieu à l’égard de sa création.

L’attaque a un caractère politique

À tous les niveaux de la société, nous dit la Bible, l’exercice du pouvoir est une manifestation de l’Alliance créationnelle faite par Dieu avec les hommes. Ceci est vrai du pouvoir des Empereurs, des Rois et des Présidents, mais aussi de celui exercé par chaque chef de famille, par tout chef d’entreprise ou par le plus humble des policiers. C’est ce que Paul nous fait comprendre lorsqu’il dit dans l’épître aux Romains : « Toute autorité vient de Dieu » (Romains 13:2). Ce que nous ne remarquons normalement pas, c’est que cette affirmation était à l’époque un lieu commun accepté de tous, Juifs, Chrétiens ou païens. L’autorité venait du dieu que l’on adorait et c’est lui qui donnait à l’autorité sa légitimité. Mais aujourd’hui, une telle affirmation est devenue incompréhensible même pour la plupart de ceux qui se disent chrétiens. Car depuis la Révolution française un consensus universel s’est constitué autour de l’idée que le pouvoir ne vient pas d’en haut, de Dieu, mais d’en bas, du peuple. Ainsi toute la pensée politique moderne affirme que tout pouvoir – même sous sa forme dictatoriale ou totalitaire – vient du peuple, d’en bas. La notion de souveraineté du peuple est le sophisme à la base de nos démocraties modernes, tant libérales que totalitaires. Mais il s’agit bel et bien d’un sophisme, d’un raisonnement vicieux. En effet, comment le peuple peut-il à la fois être souverain (le gouvernement) et le sujet (le peuple) ; celui qui à la fois commande et obéit ?[7] Ainsi pour la pensée politique moderne, tout pouvoir vient d’en bas, du peuple, être mythique, et non de l’Être, de Dieu lui-même, c’est-à-dire d’en haut. C’est la révolte universelle – jusque dans les couples et les familles – contre le principe biblique d’une Alliance créationnelle fondée sur un Dieu souverain qui délègue son autorité à des autorités humaines dépendantes de lui et qui lui doivent des comptes. Mais une telle vision purement humaine de la politique était difficilement concevable pour les contemporains de l’apôtre Paul.

Pour le monde antique, même païen, tout pouvoir venait d’en haut, des dieux. Ceci restait vrai même si le pouvoir s’identifiait assez souvent avec la divinité et se prenait même pour Dieu, comme ce fut le cas pour Nebuchadnezzar ou pour le Pharaon et les Empereurs romains. Même viciée par l’idolâtrie, la structure politique du monde païen de l’antiquité demeurait celle que Paul énonçait dans son épître aux Romains.[8] Tout pouvoir vient d’en haut, tout pouvoir exercé par les hommes vient de Dieu. La vision moderne de la politique est totalement opposée à la perspective d’une origine divine de toute autorité. Car dans la pensée de Paul, l’homme doit rendre des comptes à Dieu pour l’exercice de son pouvoir. Il est, en conséquence, soumis au jugement d’une loi supérieure au droit humain positif. Cette norme supérieure est la loi de Dieu. Si le peuple, ou le parti, ou le Grand Timonier, ou le Führer est souverain et ne doit des comptes à personne au-dessus de lui, alors le véritable Souverain des nations, le Roi des rois, le Suzerain divin de l’Alliance, fondateur d’un ordre politique créationnel bénéfique aux hommes et aux nations, est détrôné.

Comment en est-on arrivé à une telle apostasie politique, apostasie si profondément entrée dans nos mœurs démocratiques que rares sont ceux qui y prennent garde ? Simplement en adoptant ce renversement complet de la pensée politique traditionnelle inauguré par Thomas Hobbes et John Locke au XVIIsiècle, qui passe par Jean-Jacques Rousseau au XVIIIe et par Karl Marx au XIXpour aboutir à une pensée et à une pratique politique entièrement déracinées de tout fondement dans l’Alliance créationnelle de Dieu. Rappelons que le respect de l’Alliance originelle sur le plan politique se manifestait par la reconnaissance du fait que toute autorité humaine découle du fondateur de l’Alliance, du Créateur auquel elle devait rendre des comptes. On a substitué à cet ordre créationnel le mythe d’un contrat social entre les hommes pour l’attribution du pouvoir. Dans cet accord le Dieu de l’Alliance n’a strictement rien à voir. Les fruits extrêmes d’une telle révolte contre la souveraineté politique de Dieu sur terre se voient au XX siècle dans le communisme et le nazisme. Mais la sociale-démocratie, le libéralisme et l’humanitarisme actuels ne diffèrent pas dans leur nature profonde des totalitarismes modernes. Eux aussi sont totalement déracinés de leur légitimation ultime dans l’autorité du Dieu souverain, source de tout pouvoir. Nos démocrates modernes sont en conséquence dans un état permanent de rupture totale avec la Loi divine. Car cette loi est la structure de l’Alliance créationnelle et la norme immuable de toute vie sociale véritablement humaine et apte à rendre gloire au Dieu créateur.

Sans entrer ici dans les détails d’une histoire complexe,[9] notons simplement que la cassure décisive avec l’ordre politique traditionnel fondé sur l’Alliance est survenue au milieu de XVIIsiècle avec la substitution par le philosophe anglais Thomas Hobbes d’un Contrat social humain à l’Alliance divine. Le contrat social entre partenaires humains égaux remplaçait ainsi, comme fondement de la légitimité politique, la doctrine biblique d’une Alliance établie par le Créateur souverain. La société prenait ainsi la place de Dieu comme initiateur et garant du pouvoir politique. Dans un même mouvement on substitua graduellement à la Loi de Dieu – norme sociale et juridique suprême et critère final de la moralité individuelle – d’une part un droit purement positif et, de l’autre les droits purement individuels de l’homme.[10] La revendication de ses droits remplaça ainsi le devoir d’obéissance à la loi divine et au magistrat. L’homme ainsi auto-divinisé remplaçait Dieu comme source ultime du droit.

C’est de cette révolution dans la pensée politique, c’est de ce renversement de l’Alliance créationnelle, base divine de tout exercice légitime du pouvoir, que sont sortis tous les totalitarismes modernes. C’est de là que sont venus le Goulag et Auschwitz, et leurs pendants actuels, la légitimation légale du meurtre des petits enfants avant leur naissance et de nombreux vieux. Il est ainsi évident que la chute – réelle ou fictive – du communisme ne peut en aucun cas marquer la fin de l’ère des totalitarismes dans laquelle vit l’Occident depuis la Révolution française.[11] Il n’est guère difficile d’imaginer les immenses dangers qu’un tel renversement de l’Alliance créationnelle réserve à une Église qui veut, par sa foi en Jésus-Christ et sa fidélité aux commandements de Dieu, rétablir l’Alliance renversée, et cela sur tous les plans, même politiques.[12]

L’attaque scientifique

Mais les adversaires de Dieu se devaient d’aller plus loin encore dans leur attaque contre l’Alliance. Il fallait détruire dans l’intelligence des hommes la notion même de Création. Comme nous l’avons vu, la première Alliance établie par Dieu avec les hommes, l’Alliance originelle, fut celle de la création. Dieu créa souverainement et par grâce, par pur amour, les cieux et la terre, les animaux et les plantes, couronnant cet admirable édifice qu’est l’univers par son ultime chef-d’œuvre, l’homme fait à l’image du Créateur. Hobbes au XVIIsiècle avait renversé les bases de l’Alliance politique. Ce fut la tâche de Charles Darwin au XIX siècle de mettre à terre l’Alliance créationnelle sur le plan scientifique. Il fallait arracher du cœur de l’homme le concept d’une création divine et par-dessus tout celle d’un Créateur, d’un Dieu infiniment bon, entièrement souverain, dirigeant dans sa Providence toutes choses pour sa propre gloire. Ce fut là la raison ultime de l’entreprise maléfique de Darwin. Il s’agissait ici, bien sûr, d’une entreprise de désinformation totale sur le plan scientifique tant l’évolutionnisme est étranger aux disciplines de la méthode expérimentale.[13] Ce n’est plus seulement l’ordre social et politique qui est soustrait au cadre créationnel de l’Alliance dans la pensée de l’homme moderne. La nature elle-même est ainsi livrée à l’absurdité d’une évolution fortuite – inexistante – dirigée, si l’on peut ici utiliser ce mot, uniquement par le hasard et la nécessité.

Le nazisme et le communisme furent les héritiers directs de cette révolte contre l’ordre de l’univers. Aujourd’hui la relève est prise – non par cet épouvantail médiatique trompeur, les groupuscules d’extrême-droite – mais par l’eugénisme et l’euthanasie élitistes proposés par le socialisme libéral au pouvoir dans le monde entier. Ce point de vue est clairement exprimé par Jacques Attali, figure de proue de l’establishment financier, directeur de la banque des pays de l’Est (la B.E.R.D) et personnalité préposée comme futur patron de la Banque Centrale de la Communauté Européenne. M. Attali propose froidement, comme solution finale au problème du vieillissement croissant et apparemment inéluctable de la population des pays développés, la douce élimination à partir d’un certain âge des personnes devenues socialement inutiles. Voici ce que l’on peut lire sous la plume de M. Attali dans un article intitulé La médecine en accusation :

« La civilisation religieuse est une mise en scène du cannibalisme. J’ai essayé de montrer que la ritualisation chrétienne est fondamentalement cannibale… La charité n’est autre qu’une forme de dénonciation. Je crois que l’important de la vie ne sera plus de travailler, mais d’être en situation de consommer, d’être un consommateur parmi d’autres machines de consommation. Je crois que dans la logique même du système industriel dans lequel nous nous trouvons, l’allongement de la durée de la vie n’est plus un objectif souhaité par la logique du pouvoir… Dès qu’on dépasse 60-65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte alors cher à la société… En effet du point de vue de la société, il est bien préférable que la machine humaine s’arrête brutalement plutôt qu’elle ne se détériore progressivement. On pourrait accepter l’idée d’allongement de l’espérance de vie à condition de rendre les vieux solvables et créer ainsi un marché… Je suis pour ma part en tant que socialiste, objectivement contre l’allongement de la vie parce que c’est un leurre, un faux problème… L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figures. Dans une logique socialiste, pour commencer, le problème se pose comme suit : La logique socialiste c’est la liberté et la liberté fondamentale, c’est le suicide ; en conséquence le droit au suicide direct ou indirect est donc une valeur absolue dans ce type de société. (p. 274).[14]

Si la vie n’est dirigée que par le hasard et la nécessité Monsieur Attali a sans doute raison. Nous reconnaîtrons ici sans peine le danger que représente, non seulement pour la science mais pour la survie de l’humanité elle-même, la destruction du cadre créationnel de l’Alliance originelle. Une telle vision purement utilitaire visant uniquement à assurer la survie des plus aptes et des plus rentables devra être combattue avec la dernière énergie par une Église qui cherche à rétablir l’ordre du Royaume de Dieu dans nos sociétés sécularisées. Car ces sociétés ont été arrachées, par cette destruction systématique du cadre politique et scientifique de l’Alliance, à l’ordre voulu par Dieu pour le bonheur des hommes et le bien de sa création.

LA GUERRE CONTRE LA TRANSCENDANCE DIVINE. LE REFUS DE L’INSERTION DE L’ALLIANCE DANS L’HISTOIRE.

La Révélation de Dieu, manifestation de l’histoire du salut et déroulement dans le temps de l’Alliance de Dieu avec son peuple, aboutit à cet acte historique unique : l’Incarnation du Fils de Dieu. Par sa vie parfaite de justice, son obéissance exacte à la loi divine, son expiation sur la croix et sa résurrection, il a arraché le peuple qu’il s’était choisi à la domination du diable et à la malédiction divine. Toute la révélation de Dieu, tout le déploiement de l’Alliance s’insèrent nécessairement dans l’histoire des hommes et des nations.

Depuis l’époque de la Renaissance, une pensée abstraite ayant son modèle dans les mathématiques s’est dressée contre toute incarnation de la Vérité dans le temps et dans l’histoire. La théologie enseignée dans la plupart des universités depuis le XVIIIe siècle s’est, à la suite de la philosophie dite idéaliste et sous l’emprise du modèle mathématique de la connaissance, systématiquement refusée à admettre la possibilité d’une incarnation de la Vérité divine dans le temps et dans l’espace. Cette pensée (qu’on appelle idéaliste) va de Descartes à Kant, de Hegel à Marx, de Heidegger à Sartre.[15] Examinons quelques points précis attaqués par cette prodigieuse machine de guerre humaine et diabolique dressée contre l’irruption divine des réalités de l’Alliance dans le temps et dans l’espace de l’histoire humaine.

L’impérialisme du modèle mathématique qui domine les sciences depuis l’œuvre de Galilée au XVII siècle a détruit la confiance naturelle que portaient les hommes au témoignage de leurs sens comme source de connaissance vraie. Rappelons que c’est d’abord le témoignage de ses sens qui pousse l’homme à glorifier Dieu pour ses attributs de sagesse et de toute puissance qu’il peut saisir au travers de ses œuvres.[16] Comme Galilée l’avait fort justement vu une telle attitude conduit les savants qui s’y livrent sans prudence et systématiquement à récuser le témoignage de la Bible sur la nature et sur l’histoire. Car la Bible parle de la nature à partir de l’observation et du témoignage naïf des sens. On rejette comme intrinsèquement faux le témoignage sensible au travers duquel Dieu nous parle – tant dans la Révélation générale (la nature) que par sa Révélation spéciale (la Bible) – pour idolâtrer une perception purement mathématique de l’univers. Certes, une telle analyse abstraite de la nature est légitime à sa place. Mais elle prétend devenir la norme de toute pensée et en conséquence rendre caduc, dépassé et faux, tant le témoignage que rendent les sens à la réalité créée que celui de la Bible.

La pensée d’Emmanuel Kant à la fin du XVIIIe siècle paracheva ce mouvement d’idolâtrie de l’abstraction. On rejeta ainsi le témoignage des sens en faveur d’une connaissance essentiellement mathématique de la création. C’est bel et bien ici une des sources capitales du mouvement de sécularisation de notre civilisation qui a abouti à exclure Dieu de la pensée de la plupart des hommes de ce temps. Il s’agit ici de l’athéisation effective de la culture moderne. C’est le refus de reconnaître la présence et l’action de Dieu dans notre monde. Pour Kant le monde terrestre est séparé de la manière la plus absolue du monde céleste.[17] Le monde visible n’entretient ainsi aucun rapport avec le monde invisible, le ciel ne parle plus à la terre. Pour Kant la création ne témoigne plus de Dieu. La vérité de Dieu ne peut franchir l’abîme séparant la divinité – qu’il appelle le noumène – de la réalité de ce monde – qu’il nomme les phénomènes. Ainsi le sens que Dieu donne à tout ce qu’il a créé ne saurait être connu conceptuellement par les hommes. Le sens véritable doctrinal de ce noumène, de cette réalité dernière, échappe entièrement à l’homme. Par contre, l’homme peut en avoir une expérience mystique irrationnelle. D’autre part, pour Kant, le monde des phénomènes, celui de la nature connue avant tout par la méthode mathématique des sciences exactes, n’a pas en lui-même de sens véritable. Il ne s’agirait là que d’une connaissance de type technique sans signification véritable. L’adoption universelle du schéma philosophique de Kant par la culture occidentale, et surtout par le système éducatif de toutes les nations civilisées, n’a pas manqué de produire ses fruits empoisonnés. Voyons en brièvement quelques exemples.

  • Comme pour cette manière de penser, l’abîme entre Dieu et sa création est intellectuellement infranchissable, il est en conséquence inutile d’imaginer que la créature puisse rendre un témoignage, même partiel, mais vrai, au caractère, aux attributs et à l’action du Créateur, comme, par exemple, le stylo que j’utilise pour écrire évoque indirectement celui qui l’a conçu et fabriqué. Lorsqu’une telle mentalité est universellement acceptée, l’évangélisation est nécessairement coupée de son fondement dans la création de Dieu. Comment alors parler aux hommes du Créateur ? En effet, pour la plupart des hommes de ce temps, les œuvres de Dieu, son univers, ne leur disent plus rien au sujet du Créateur. La lumière kantienne (qui par l’instruction a envahi toutes les intelligences) est devenue ce que la Bible appelle ténèbres. Car ceux qui s’y abandonnent ne peuvent même plus voir ce qui crève effectivement les yeux de n’importe quel païen sans instruction : la gloire du Dieu créateur reflétée dans ses créatures.
  • Vu que pour Kant cet abîme est infranchissable, l’incarnation devient une impossibilité absolue. Le Jésus de l’histoire ne saurait être le Fils de Dieu venu en chair pour le salut du monde. À partir des positions de Kant se développèrent logiquement au XIX siècle les attaques d’hommes tels Strauss et Renan contre la divinité de cet homme, Jésus-Christ – à la fois le Fils éternel de Dieu et le Fils de l’homme, né d’une femme à un moment spécifique de l’histoire.
  • Vu cet infranchissable abîme entre Dieu et les hommes, il ne saurait exister une Révélation divine infaillible – la Bible – portant le sceau de l’autorité même de Dieu. Dans une telle perspective, l’inspiration, l’inerrance, la préservation sans faute et l’autorité divine de la Sainte Écriture sont tout simplement inimaginables. De même, le miracle, cet acte divin franchissant la distance réelle entre Dieu et l’ordre usuel de sa création, est rendu impensable. Il ne peut exister. Dans une telle perspective ne peut subsister que ce que Kant appelait dans un célèbre ouvrage : Une religion dans les limites de la raison. Ici se trouve le moteur religieux et philosophique de toute la critique rationaliste de la Bible (Wellhausen), de toute la démythologisation scientiste des Saintes Écritures (Bultmann) et l’actuelle vague de contextualisation destructrice de l’intégrité du texte biblique. De tels acides critiques sont tous branchés sur la séparation absolue qu’établit Kant entre le ciel et la terre.
  • Vu que, selon cette théorie, la justice parfaite de Dieu – comme tous ses attributs – ne saurait franchir la porte du ciel pour se faire connaître aux hommes, il s’ensuit implacablement que la loi de Dieu révélée dans toute la Bible – mesure parfaite de toute justice – n’en devient qu’une loi faillible et relative. Dans cette perspective la loi de Dieu ressemble à toutes les autres lois d’origine purement humaine. En suivant Kant on ne peut que tomber dans le relativisme moral et juridique le plus absolu (notion, disons-le, parfaitement contradictoire !). La plupart des plaies psychiques et sociales dont souffre notre monde aujourd’hui tirent ainsi leur origine de cette séparation erronée entre la loi parfaite de Dieu, enfermée dans un ciel inaccessible, et une révélation imparfaite de cette loi accessible aux hommes ici-bas, dans une Bible devenue un livre ordinaire, faillible. Il n’est plus possible alors de prier avec notre Seigneur Jésus-Christ : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel, car la volonté divine serait par nature inconnaissable aux hommes.
  • Sans incarnation du Fils de Dieu, sans Loi immuable, sans Bible inerrante, il ne saurait y avoir de Vérité absolue. Héritier du nominalisme de la fin du Moyen Âge, de l’humanisme de la Renaissance, de l’idéalisme de Descartes et du rationalisme des Lumières, Kant ouvrit en Occident l’ère du pluralisme. Dans une telle pluralité de vérités tous, pour refuser le message immuable de l’Évangile, peuvent dire : à chacun sa vérité, à chacun son point de vue, à chacun son expérience, à chacun son interprétation de la Bible. Une Église qui succombe à une telle tentation ne peut que se dissoudre dans les contradictions doctrinales et morales de ses membres. Tout y est permis, tout y est toléré : avortement, euthanasie, adultère, drogue, blasphèmes, mensonges, pourritures et magouilles de toutes sortes, tout évidemment sauf la Foi chrétienne historique. Car si l’Évangile est la Vérité absolue de Dieu pour le salut de quiconque croit, elle est également un feu redoutable pour la condamnation éternelle de ceux qui trouvent en cette Parole divine une pierre d’achoppement. Gare alors à celui qui osera dénoncer de telles impiétés, de tels péchés moraux, de telles erreurs doctrinales, au sein d’une pareille Église pluraliste. Il risquera à coup sûr la lapidation sociale avant de se faire sans doute interner dans une maison d’aliénés pour délit d’absolutisme chrétien.

Si l’Église fidèle, malgré ses faiblesses et les péchés qu’elle doit chaque jour confesser à Dieu, est l’épouse du Christ, la lumière du monde et le sel de la terre, par contre, une telle église pluraliste n’est rien d’autre, nous dit la Bible, qu’une prostituée spirituelle livrée sans défense par Dieu à tous les courants du siècle. Par la puanteur de sa propre pourriture spirituelle, morale et intellectuelle, elle devient source de corruption pour tous ceux qui la fréquentent et un désastre pour la nation qui l’abrite. Nous le voyons ici bien clairement : l’abandon de l’Alliance divine par ceux qui prétendent représenter l’Église de Dieu – ils se disent Juifs et ne le sont pas, car ils mentent, nous dit l’Écriture (Apocalypse 3:9) – entraîne les jugements du Dieu de l’Alliance dans l’histoire sur cette fausse Église et sur les nations qu’elle corrompt.

On pourrait donner bien d’autres illustrations des effets désastreux de l’acceptation du système de Kant. Mais ceux-ci suffisent pour faire comprendre la gravité du danger que fait subir au peuple de Dieu cette attaque perfide contre l’intrusion de l’Alliance de grâce dans l’histoire des hommes.

L’ATTAQUE DIRIGÉE CONTRE L’ALLIANCE DE GRACE

Le texte du Deutéronome qui sert de base pour notre étude de l’Alliance et des attaques dont elle fait l’objet de la part des ennemis de Dieu et de son Église est des plus claire : l’Alliance est une Alliance de grâce. Nous y voyons qu’en tout point, l’initiative y revient à l’amour, à la toute puissance, à la sagesse et à la bonté de Dieu. C’est l’Éternel qui choisit les pères : Abraham et sa descendance. C’est Dieu qui confirme le serment fait aux pères et qui délivre son peuple de la servitude. C’est ce Dieu fidèle qui garde son Alliance et sa bienveillance jusqu’à la millième génération à l’égard de ceux qui l’aiment et qui gardent ses commandements. Et tout cela Dieu le fait, non pas à cause des mérites de ce peuple – car de mérites il n’en a guère, étant par lui-même le moindre de tous les peuples – mais parce que, dans sa grâce, il l’aime.

Peu d’aspects de l’Alliance ont été plus attaqués que son caractère entièrement gratuit. Ceci n’est guère étonnant quand nous nous rappelons qu’il ne peut y avoir que deux religions : la religion véritable, celle de la grâce divine, cette miséricorde de Dieu qui sauve des pécheurs irrémédiablement perdus ; et celle des œuvres humaines par lesquelles l’homme cherche vainement, par ses propres efforts désespérés, à se sortir de la misère provoquée par sa séparation d’avec son Créateur. Voyons quelques étapes importantes dans cette guerre livrée de l’intérieur de l’Église elle-même contre la grâce souveraine de Dieu par ceux qui osent encore se réclamer du nom de chrétiens.

  • Un des pires combats que notre Seigneur eut à livrer fut celui contre l’erreur des docteurs d’Israël, principalement les Pharisiens, qui prétendaient que le Juif fidèle pouvait accéder au Royaume de Dieu par ses propres mérites. Ils pensaient aboutir au salut par leur obéissance à la Loi de Dieu. Combien de fois Jésus-Christ ne dut-il par revenir à la charge et montrer aux chefs de son peuple que l’entrée au Royaume de Dieu était fermée aux hommes qui comptaient sur leurs propres forces. Il leur fallait impérativement naître de nouveau, reprendre vie en Dieu par l’action de son Esprit. Car pour plaire véritablement à Dieu il faut être parfait comme lui aussi est parfait. Ainsi le chemin qui nous conduit au Père doit obligatoirement prendre le chemin de l’obéissance parfaite du Fils de Dieu à la sainte, bonne et juste loi de Dieu. Cette fidélité du Christ est autant une obéissance active (sa vie de parfaite justice), que passive (son entière expiation pour nos péchés).
  • L’apôtre Paul dut lui-même reprendre à maintes reprises ce rude combat contre les prétentions légalistes de ces chrétiens judaïsants qui s’infiltraient de toutes parts dans l’Église naissante. Ils y enseignaient que l’homme pouvait par lui-même agir de manière à plaire à Dieu. Voyez comment Paul s’exprime dans sa lettre aux chrétiens de Rome :

« Où donc est le sujet de se glorifier ? Il est exclu. Par quelle loi ? Par la loi des œuvres ? Non, mais par la loi de la foi. Car nous comptons que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi. » (Romains 3:27-28)

       Il explique sa pensée :

« Car, à celui qui fait une œuvre, le salaire est compté non comme une grâce, mais comme un dû. Quant à celui qui ne fait pas d’œuvre, mais crois-en celui qui justifie l’impie, sa foi lui est comptée comme justice. » (Romains 4:4-5)

       Et encore,

« En effet, ce n’est point par la loi que l’héritage du monde a été promis à Abraham ou à sa descendance, c’est par la justice de la foi. Si c’est par la loi qu’on est héritier, la foi est vaine, et la promesse est annulée. […] Donc c’est par la foi, pour qu’il s’agisse d’une grâce, afin que la promesse soit assurée à toute la descendance, non seulement à celle qui a la loi mais aussi à celle qui a la foi d’Abraham notre père à tous. » (Romains 4:13-16)

C’est ici la doctrine de la justification par la foi seule, la doctrine de l’Évangile, cette bonne nouvelle d’un salut gratuit offert aux pécheurs qui se repentent et qui croient en Jésus-Christ comme constituant leur unique justice devant Dieu.

  • Au V siècle, cette doctrine de la grâce subit les assauts furieux du moine anglais Pélage. L’Alliance de grâce trouva alors en la personne d’Augustin, évêque d’Hippone en Afrique du Nord, un défenseur intrépide et puissant. Pélage niait la nécessité d’une quelconque grâce pour plaire à Dieu et attribuait uniquement aux hommes la capacité d’obéir de manière satisfaisante à la loi divine.
  • Malgré l’influence dominante d’Augustin sur la théologie du Haut Moyen Âge, cette doctrine du salut par la seule grâce de Dieu se perdit petit à petit. On aboutit au XIII siècle aux formulations pernicieuses de Thomas d’Aquin. Il n’allait certes pas aussi loin que Pélage et que les Pharisiens. Thomas d’Aquin s’arrêtait à mi-chemin, affirmant un salut fait à la fois de la grâce de Dieu et des œuvres humaines. Pour lui l’homme est bien sauvé par la grâce de Dieu, mais l’homme perdu coopère par sa libre volonté à cette œuvre divine. Cependant un demi-poison ne vaut guère mieux qu’un poison entier, et pour détruire le message de l’Évangile un peu du levain des pharisiens suffit. Ce ténébreux Moyen Âge[18] dont les historiens profanes nous rabattent les oreilles concerne – sur le plan spirituel et théologique – beaucoup plus les siècles qui suivirent Thomas d’Aquin que ceux qui le précédèrent.[19]
  • Alors, au début du XVIᵉ siècle, parut Martin Luther. Par un combat spirituel et intellectuel dont nous n’imaginons guère aujourd’hui l’ampleur, il débarrassa la théologie et la piété chrétiennes du poids écrasant des œuvres humaines à accomplir pour plaire à Dieu, pour satisfaire à la justice divine.[20] Ainsi, la grande doctrine biblique de la justification par la foi seule, sans les œuvres de la loi, retrouva cette place centrale et exclusive dans l’œuvre divine du salut qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Car l’obéissance (partielle mais résolue) du chrétien aux commandements de Dieu – obéissance inséparable d’un salut véritable – ne précède jamais la justification. Elle en est toujours la suite nécessaire, la preuve visible que la justification du pécheur est authentique. Tous les réformateurs entrèrent dans la carrière ouverte pour eux par Martin Luther.
  • Mais le diable veillait. Ce que Dieu avait rétabli par la réformation il fallait à nouveau le jeter bas. C’est du sein même des Églises de la Réforme que resurgit le vieux levain d’un pseudo-salut accompli en partie par les œuvres religieuses et morales de l’homme. Cette nouvelle attaque éliminerait presque totalement du sein des Églises protestantes la doctrine d’un salut obtenu uniquement par grâce. Cette fois l’assaut partit, au début du XVIIᵉ siècle, de ce bastion du calvinisme, les Pays-Bas.[21] L’homme qui sema alors l’ivraie de l’erreur dans le champ de Dieu se nommait Arminius. Il revint à une forme modifiée du semi-pélagianisme de Thomas d’Aquin. La grâce était bien sûr proclamée dans cette nouvelle théologie qui se voulait une défense de la vraie doctrine calviniste. Mais les œuvres de l’homme collaboraient activement dans le salut avec la grâce divine. Le salut devenait ainsi à nouveau un savant mélange au moyen duquel l’homme rejoignait Dieu après que chacun eut fait sa part du chemin. De la résistance des croyants véritables à cette hérésie subtile et pernicieuse sortit la formulation magnifique de la vraie foi exprimée dans les Canons de Dordrecht de 1619. On mettait à nouveau Dieu à la place qu’Il n’aurait jamais dû quitter, la première. Et l’homme retrouvait la place qui lui était propre, celle d’une créature, pécheresse par surcroît, et totalement dépendante à tout instant de son Créateur et Sauveur. Mais le combat ne faisait que commencer.
  • En France au XVIIᵉ siècle les partisans d’un arminianisme mitigé répandu partout par ce théologien hérétique, Moïse Amyrault, professeur à l’Académie de Saumur et dernier président du Synode national des Églises de France du XVIIᵉ siècle, eût le dessus sur la doctrine orthodoxe définie à Dordrecht.
  • Par contre, le XVIIᵉ siècle anglais et écossais vit la dernière résistance ecclésiastique importante contre l’abandon de l’Alliance de grâce. Dieu suscita alors, du sein même du mouvement calviniste puritain, des théologiens de l’envergure de William Perkins et de John Owen, de Samuel Rutherford et de George Gillespie, de John Bunyan et de William Baxter (parmi bien d’autres) pour défendre les grandes doctrines chrétiennes remises en lumière lors de la réformation du XVIᵉ siècle.
  • Mais le vent soufflait de plus en plus violemment contre un christianisme cherchant à glorifier le Dieu souverain et sa grâce magnifique. La mode était à l’exaltation de l’homme et de ses prétendues capacités religieuses. Le Christianisme s’abandonna au courant humaniste dominant. L’accent fut mis de plus en plus sur la participation de la volonté de l’homme à l’œuvre de son salut. Dans les milieux évangéliques cette débandade doctrinale et spirituelle connut diverses phases : le piétisme (XVIIᵉ siècle), le méthodisme (XVIIIe siècle), les mouvements de sainteté (XIXᵉ siècle). Ces derniers (à la suite des enseignements non bibliques de Wesley et surtout de son successeur Fléchière) mettaient l’accent sur une sainteté parfaite fictive que le chrétien devait absolument obtenir au moyen d’une soi-disante seconde expérience, faussement appelée baptême du Saint-Esprit. Finalement, à la fin du XIXᵉ siècle, l’accent fut de plus en plus fortement placé sur la collaboration de l’homme à l’œuvre de son salut. Cette exaltation des capacités religieuses de l’homme atteignit son point culminant dans l’illuminisme pentecôtiste. Celui-ci était marqué par une volonté de puissance spirituelle, pendant religieux des aberrations philosophiques de Nietzsche.[22] Cette hérésie, sous couvert d’exalter le Saint-Esprit, se permettait de le manipuler. Le pentecôtisme n’est ainsi rien d’autre que l’aboutissement final de l’erreur arminienne. Car l’accent y est universellement mis sur la décision de l’homme et sur ses efforts, souvent frénétiques, pour provoquer (par des techniques de manipulation humaine des plus douteuses) une prétendue seconde expérience spirituelle décisive indispensable à une pleine vie chrétienne et à ce qu’on appelait la puissance pour le témoignage. Cette expérience de la puissance de l’Esprit n’est trop souvent rien d’autre que la contrefaçon satanique de la grâce de Dieu. Dans ce que nous ne pouvons appeler autrement qu’un humanisme spirituel évangélique, l’homme refuse de donner la première place à la grâce divine. Il cherche à mettre des pressions psychologiques sur les hommes afin d’obtenir des décisions « salutaires » ou des expériences « mystiques » et ceci par toutes sortes de manipulations. C’est ainsi que l’on prétendrait exalter le Saint-Esprit ! Quel Dieu se laisserait ainsi triturer par les mains souillées d’hommes pécheurs ?
  • Au XXᵉ siècle cette erreur illuministe qui, sous couvert de la plus haute spiritualité, nie la souveraineté absolue de la grâce de Dieu dans l’œuvre du salut, a tout balayé devant elle. Ce fléau manipulateur s’est d’abord répandu dans d’innombrables églises au moyen d’un charismatisme œcuménique non-doctrinal. Aujourd’hui le mouvement dit de la Troisième vague est passé à la vitesse supérieure, substituant au volontarisme charnel du charismatisme et du pentecôtisme, des pratiques religieuses voisinant souvent avec l’occultisme. Car ces mouvements illuministes introduisent dans les Églises des manifestations spirituelles démoniaques de caractère religieux. La Bible nous avertit cependant bien clairement que le diable aime à se déguiser en ange de lumière afin d’imiter les charismes du Saint-Esprit pour mieux séduire ces incrédules et ces croyants faibles qui confondent sensations fortes et foi véritable. Ils tombent ainsi dans un piège spirituel parce que leur foi n’est pas enracinée dans une saine connaissance des enseignements de la Parole de Dieu.

Ce mouvement qui insiste tant sur la coopération de l’homme avec Dieu dans l’œuvre du salut est marqué au fer rouge par la perte du sens de la véritable grandeur de Dieu, de sa majesté et, surtout, de sa parfaite sainteté. Une telle attitude écarte de la vie du chrétien le rôle central que joue dans l’Alliance la toute puissante et entièrement suffisante grâce de Dieu.

Mais nous abordons ici un nouveau point dans notre exploration de cette guerre faite par le diable et ses acolytes invisibles et humains aux articulations essentielles de l’Alliance. L’antinomisme, l’opposition à la Loi divine, n’est rien d’autre qu’une attaque frontale dirigée contre le contenu même de l’Alliance conclue par Dieu avec son peuple.

L’ATTAQUE CONTRE LE CONTENU DE L’ALLIANCE : LA GUERRE FAITE A LA LOI DE DIEU

Le christianisme des premiers siècles de notre ère avait fort bien compris le caractère universel de cette Révélation divine unique et complète qu’est la Bible. Il travailla par la foi à appliquer les commandements de cette Parole à tous les domaines de la vie personnelle et sociale. Il confessa la Seigneurie absolue du Christ sur toutes choses et cela dans un combat spirituel sans merci contre la prétention des Empereurs romains à détenir un pouvoir universel proprement divin. C’est cette fidélité première au seul Seigneur, Jésus-Christ, qui conduisit tant de chrétiens des premiers siècles à offrir leurs vies en libation, en sacrifice à Dieu, dans les arènes de Nîmes, de Lyon, de Rome et de tant d’autres villes de l’Empire. Le sang des martyrs est la semence de l’Église et la fidélité des chrétiens à la Parole de Dieu conduit à faire tomber les citadelles de l’ennemi. Le résultat d’une telle détermination à obéir aux commandements de Dieu fut l’éclosion, à travers toute l’Europe du Haut Moyen Âge, d’une société profondément marquée par le Christianisme.

Plus tard cette même préoccupation des réformateurs de mettre toute la Parole de Dieu en pratique fit de la Réformation du XVIᵉ siècle une œuvre puissante de transformation sociale, politique et culturelle. Le message de la Parole de Dieu était adressé à tous les aspects de la vie humaine et à toutes les dimensions de la vie de la société de l’époque. Pour ne prendre qu’un exemple, les libertés politiques et culturelles qui aujourd’hui encore sont les nôtres (mais pour combien de temps ?) ne sont qu’un héritage lointain de fidélité de nos ancêtres.

Le texte du Deutéronome qui sert de base à notre étude nous dit clairement la même chose. Si l’Alliance, dans toutes ses parties, est une alliance de grâce, elle doit cependant être accompagnée de la réponse (suscitée elle aussi par le Saint Esprit) des hommes, leur obéissance aux commandements de Dieu. Rappelons ces versets :

« Tu observeras donc le commandement, les prescriptions et les ordonnances que je te donne aujourd’hui, pour les mettre en pratique. Du moment que vous écouterez ces ordonnances, que vous les garderez et les mettrez en pratique, l’Éternel ton Dieu gardera envers toi l’Alliance et la bienveillance qu’il a jurée à tes pères. » (Deutéronome 7:11-12)

Le fruit nécessaire d’une action véritable de la grâce dans le cœur de celui qui en est l’objet doit être son obéissance progressive, de plus en plus complète (jamais parfaite ici-bas !), par l’Esprit, à tous les commandements de Dieu. C’est ainsi seulement que nous manifesterons notre fidélité à l’Alliance que Dieu a établie avec nous en Jésus-Christ. Si nous refusons notre part bien modeste de ce contrat divin, nous ne ferons que manifester que nous n’appartenons pas réellement à cette Alliance. Ajoutons que la place qui sera la nôtre dans le Royaume de Dieu dépendra de notre attitude vis-à-vis de la loi de Dieu. Car tant l’Alliance que son contenu, la loi de Dieu, sont éternels. À ce sujet, Jésus-Christ a dit clairement :

« Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi et les prophètes. Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. En vérité je vous le dis, jusqu’à ce que le ciel et la terre passent, pas un seul iota, pas un seul trait de lettre de la loi ne passera, jusqu’à ce que tout soit arrivé. Celui qui violera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes de faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux, mais celui qui les mettra en pratique et les enseignera, celui-là sera appelé grand dans le Royaume des cieux. » (Matthieu 5:17-19)

Ainsi, tant dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau, le contenu de l’Alliance n’est autre chose que l’obéissance des membres de l’Alliance aux commandements de Dieu. Il s’agit ici de notre conformité à Jésus-Christ car c’est lui qui, le premier, a accompli toute la loi. C’est ainsi uniquement en lui, dans une communion étroite avec le Christ, que nous pouvons nous conformer à la sainte volonté de Dieu qu’exprime cette loi. Le but de l’Alliance n’est pas autre chose que la réponse du peuple de Dieu aux requêtes du Notre Père : Que le règne de Dieu vienne. Que ta volonté (ses commandements) soit faite sur la terre comme au ciel. Si les signes divers de l’Alliance : arc-en-ciel, circoncision, onction royale ou baptême, changent avec le déploiement de l’œuvre de rédemption et de reconstruction opérée par Dieu au cours de l’histoire du salut, le contenu, la justice de Dieu, lui, ne change jamais. La justice exigée par Dieu et accomplie pour nous par Jésus-Christ ne peut pas plus changer que la sainteté même de Dieu, dont elle n’est que le reflet. C’est pour cela qu’il nous est demandé de rechercher d’abord le Royaume de Dieu et sa justice. Car c’est là l’essentiel, le cœur même du Christianisme. L’expression que l’on retrouve à plusieurs reprises dans le livre de l’Apocalypse : la foi en Jésus (le Royaume) et l’obéissance aux commandements de Dieu (la justice) résume très exactement toute la vocation du chrétien.

Une telle foi ne peut être que très pratique. Elle cherche à amener toutes les pensées des hommes révoltés contre leur Créateur et contre les lois de sa création dans une captivité permanente à la loi de Dieu. Il ne s’agit pas simplement d’une connaissance du Christ – ce serait une gnose – mais de l’obéissance concrète aux commandements de Dieu. Car toute vraie connaissance de la Parole faite chair (et écrite) doit être accompagnée d’obéissance à cette même Parole. C’est par cette obéissance de la foi aux commandements de Dieu que tout ce qui touche à la vie du chrétien doit être amené à glorifier Dieu. C’est alors que la lumière et le sel que nous sommes appelés à être refoulera les ténèbres de ce monde et assainira la corruption qui engloutit toutes nos nations.

Le Christianisme à ses débuts se développa dans le contexte d’une société où régnait une opposition radicale à Dieu. Tant sur le plan politique – la divinisation de l’Empereur – que sur celui de la culture – l’autonomie radicale de la philosophie grecque et du droit romain – la société rejetait les normes absolues de la Bible. Si les philosophes et les historiens athées du XVIIIe siècle ont appelé le Haut Moyen Âge une époque de ténèbres, c’est que cette époque fut très fortement marquée par la lumière de l’Évangile du Royaume de Dieu. Mais, pour ces philosophes, la lumière venait, non de la Bible, mais de la libération de la pensée humaine des contraintes imposées à l’homme par une Révélation venant de Dieu. Pour nos contemporains, héritiers malheureux d’une telle mentalité révoltée contre Dieu et contre ses lois, c’est l’intégrisme fondamentaliste biblique – c’est-à-dire le christianisme authentique – qui représente les ténèbres. C’est cet ennemi qu’il faut détruire à tout prix. Nous ne pouvons aujourd’hui que constater à quel point cette guerre menée contre la présence de Dieu dans nos sociétés et leur structuration par les lois divines a été couronnée de succès. Ce fut à cette tâche destructrice que se donnèrent aux XVIIIe et XIXᵉ siècles les troupes de choc des philosophes que furent les francs-maçons. Leur réussite fut telle qu’ils ont bien de la peine aujourd’hui à savoir à quoi ils pourraient encore vouer leurs efforts.[23]

C’est de nouveau à Thomas d’Aquin qu’il faut attribuer l’origine de la brèche fatale qui fut percée dans les murailles de la cité chrétienne. Car ce fut lui qui, au XIIIᵉ siècle, en cherchant à accommoder la Bible à la philosophie indépendante de la Révélation des Grecs, introduisit la philosophie d’Aristote dans la pensée de l’Europe chrétienne. Pour Thomas d’Aquin, si la théologie devait grosso modo s’inspirer de l’Écriture, la philosophie (et toutes les sciences) étaient par contre libérées d’un tel joug. Car, en liant comme il le fit dans une vaste synthèse, la théologie biblique glorifiant Dieu à la pensée d’Aristote qui rendait gloire à la raison autonome de l’homme, il allait introduire dans la pensée de la chrétienté médiévale un coin qui allait ouvrir toute grande la voie à la sécularisation de la pensée de l’Occident. Le domaine des sciences naturelles et humaines devenait ainsi uniquement redevable de la raison autonome de l’homme. Thomas d’Aquin n’osa pas pousser son dualisme trop loin. Ce furent ses successeurs, moins chrétiens que lui, qui arrachèrent complètement la pensée de la chrétienté de ses amarres dans la Parole infaillible de Dieu, Parole ayant, comme son Auteur, autorité sur toutes choses.[24]

C’est en effet de ce premier retour thomiste à la pensée antique que procéda le renouveau des valeurs païennes de l’Antiquité aux XVᵉ et XVIᵉ siècles qui porte le nom de Renaissance. Il s’est agi par la suite – ce fut le rêve spécifique de la Renaissance – d’arracher la pensée de notre civilisation à l’obéissance du Christ pour la rendre captive de l’idéal abstrait d’un homme divinisé. C’est cela que fut la Renaissance : la résurrection de ces valeurs antichrétiennes de la Grèce et de Rome contre lesquelles la première Église avait victorieusement combattu. Ce fut contre cet humanisme, cette première sécularisation, que la Réforme affirma avec une telle force la souveraineté de cette Parole-Loi de Dieu ayant une autorité plénière sur toutes choses. Mais la lame de fond d’émancipation de la pensée des hommes et de la société du cadre de l’Alliance ne fut que temporairement arrêtée par la Réforme. « Brisons leurs liens, et rejetons loin de nous leurs chaînes. » (Psaume 2:3) s’écrie le monde moderne en écho du deuxième psaume.

Un domaine après l’autre de la pensée – et par conséquent de l’action – s’émancipa de l’autorité de la Parole de Dieu. Le cadre de l’Alliance fut jeté aux orties. Les sciences, l’histoire, l’économie, la politique, la médecine, la psychologie et j’en passe, brisèrent le moule de l’Alliance et se livrèrent à une pensée fragmentée, contradictoire et pluraliste. Cette pensée de plus en plus autonome est dépourvue de tout rapport véritable avec l’ordre de la création et avec l’intelligence de son Créateur telle qu’elle a été révélée dans la Bible. Les arts eux-mêmes sont ainsi livrés à l’informe, à l’absurde, à l’incohérence, à la laideur et au chaos. Ce refus du cadre de l’Alliance, ce vide intellectuel provoqua la destruction des formes sociales, des mœurs, de la famille. En conséquence tous les liens qui tiennent la société ensemble se dissolvent.[25]

Ce mouvement de refus du cadre de l’Alliance, ce retour au chaos, contenait en lui-même son propre jugement, sa propre destruction. Ce n’est jamais impunément que l’on rejette la bonne loi de Dieu. Dieu dans sa miséricorde envoya avertissement sur avertissement afin de ramener les Églises, les nations et toute la civilisation qui se précipitait sur une voie de destruction vers les sentiers anciens. Mais les hommes n’écoutèrent pas les avertissements miséricordieux de Dieu tant était forte leur volonté d’auto-destruction. Car tout la société occidentale était décidée à se livrer à l’apostasie totale et à la mort.

Ainsi les fléaux de Dieu ont déferlé sur l’humanité. Citons-en quelques exemples : le marxisme ; le darwinisme ; le freudisme ; le national socialisme et le fascisme ; le nationalisme divinisé ; le relativisme moral et juridique ; le libéralisme anarchique ; l’hédonisme, moteur du massacre des embryons ; le déracinement des arts de tout rapport avec la réalité : la peinture coupée des formes de la création ; la musique arrachée à la gamme et aux tonalités naturelles ; la science et la technique livrées sans le moindre frein à une course folle vers une domination totalement inhumaine de toute la création ;, etc. Tout a basculé dans la civilisation de l’instant, dans l’existentialisme, dans le culte forcené de l’expérience immédiate dont l’expression dominante, qui marque notre époque, est celle de la drogue. L’expression religieuse de cette civilisation existentialiste est le culte charismatique de l’expérience, véritable opium spirituel. Voici le fruit mortel et inévitable du rejet par notre monde de la loi divine, contenu inaltérable et éternel de l’Alliance de Dieu avec sa création et avec le peuple qu’il s’est choisi, qu’il a racheté par le sacrifice du Christ.

L’ÉGLISE DANS TOUT CELA ?

L’Église n’échappa pas à ce courant dévastateur. Dès le XVIIIᵉ siècle, la plupart des Églises abandonnèrent très largement leur propre spécificité au profit du subjectivisme le plus complet, d’une pensée déracinée de l’ordre de la réalité telle que nous le révèle la Bible. L’exégèse, l’étude soigneuse du texte biblique, fut livrée aux fantaisies d’une critique rationaliste dissolvante. Le texte biblique ainsi réduit en miettes par ceux qui étaient censés le défendre – et qui étaient largement payés pour cette tâche ! – perdit aux yeux de la plupart des membres des Églises toute prétention à l’infaillibilité et, en conséquence, toute autorité normative. La religion professée dans ces Églises et qui, par dérision, s’appelait encore chrétienne, fut abandonnée aux idées et aux expériences subjectives les plus variées de ses membres ainsi qu’aux courants de pensée qui agitaient le siècle. Elle devint ainsi à tour de rôle ou existentialiste, ou politisée, illuministe ou révolutionnaire, activiste ou quiétiste, selon le vent dominant du moment. Elle justifia par ses enseignements l’illuminisme le plus farfelu ou le socialisme, le racisme ou le libéralisme économique, le communisme ou le nazisme, le pacifisme ou les passions les plus guerrières. Partout les Églises se mirent à hurler avec les loups plutôt que de proclamer l’Alliance de Dieu, et prêcher, contre vents et marées, l’Évangile du Royaume de Dieu.

Seule l’Église de Rome, tout en gardant ses anciennes erreurs, résista longtemps au courant dévastateur du libéralisme protestant, à ce modernisme que Pie X appelait si justement, l’égout collecteur de toutes les hérésies.[26] Mais à la fin, Rome ne tint pas plus que ne l’avait fait le Protestantisme. Vatican II sonna le glas pour tout ce qui pouvait encore rester de respect pour la Loi de l’Alliance dans l’Église catholique. Elle rejoignit le courant dominant de l’époque, celui d’une recherche de l’unité à n’importe quel prix. L’Église romaine se précipita dans ce gouffre spirituel que nous pouvons appeler l’œcuménisme des erreurs, tout en cherchant, avec sa ruse coutumière, à récupérer le mouvement unificateur pour ses propres buts dominateurs.

Vingt ans plus tard, ce sera au tour des Évangéliques de se voir balayés par le même ouragan. Ils se livreront eux aussi aux chimères de l’expérience et de l’unité. Ils s’attaqueront à l’autorité du texte biblique en inventant de nouvelles machines de guerre contre l’infaillible Parole de Dieu dans l’espoir d’échapper à son message difficile et exigeant. Les Protestants de la première moitié de ce siècle avaient vidé la Bible de son sens logique, grammatical et historique le plus simple par une méthode de destruction textuelle qui s’appelait la démythologisation. Rudolf Bultmann, chef de file de cette école (qui fit beaucoup pour réduire l’Église allemande à l’impuissance face à la montée du nazisme) récusait tout élément surnaturel dans la Bible au nom de la valeur absolue de la raison scientifique. Dans la deuxième moitié de ce siècle nos néo-évangéliques sont parvenus à un résultat très semblable par une nouvelle méthode critique, la contextualisation. Ainsi tout ce qui dans la Bible pourrait gêner notre autonomie morale et spirituelle est attribué au contexte de l’époque. Et qui dit contexte passé dit contexte dépassé, car le contexte actuel serait fort différent et nous autres chrétiens évangéliques modernes ne saurions nous soumettre aux normes applicables à des époques révolues. Mais ceci n’est rien d’autre que le vieux modernisme – car ce qui est moderne devient le seul critère de la vérité. C’est ainsi que la Bible est soumise à une ré-interprétation acceptable aux intellectuels évangéliques du moment. L’on se fabrique de cette manière de malins prétextes pour désobéir à la Parole de Dieu. Jadis de telles pratiques s’appelaient sophistique, pharisaïsme, jésuitisme. Aujourd’hui il serait sans doute justifié d’ajouter à cette liste de vocables celui d’évangélicalisme.[27]

Ou alors on s’est livré à une relecture psychologique de la Bible. Ainsi les vaines spéculations d’une psychanalyse explicitement anti-chrétienne et anti-morale (Freud, par exemple, se considérait comme l’anti-Moïse) ou les élucubrations mystico-ésotériques d’un Jung, ou encore la psychologie dite trans-personnelle, elle, explicitement occulte, remplacent chez nos néo-évangéliques la connaissance théologique de l’âme humaine fondée sur les dogmes et les commandements révélés dans la Bible.[28]

Déracinés de leur fondement, la Bible, ces néo-évangéliques se sont largement ouverts à tous les illuminismes du moment. Le diable eut alors beau jeu. Car, il ne nous faut jamais oublier que la nature, tant sur les plans spirituels que physiques, ne supporte jamais le vide. Sur le plan des Églises, le vide laissé par l’oubli et l’abandon de la Parole de Dieu fit appel à tous les illuminismes charismatiques. Au pentecôtisme du début du siècle, par bien des côtés encore soucieux des enseignements de la Parole de Dieu (et cela en dépit des hérésies qu’il véhiculait), succéda le charismatisme œcuménique foncièrement anti-doctrinal, c’est-à-dire anti-biblique. Et ce dernier cède aujourd’hui la place à un mouvement bien plus dangereux, celui des Signes et des Prodiges.[29] Ne nous trompons pas. Il s’agit là bel et bien de signes et de prodiges mais non de ceux qui viennent de Dieu, mais de cet esprit ténébreux qui ne fait que singer l’œuvre de Dieu. C’est ainsi que le spiritualisme dit évangélique rejoint le spiritisme d’un prétendu Nouvel Âge.[30]

La société, elle non plus, ne supporte guère le vide. Le paganisme avait été chassé de nos nations par la prédication de l’Évangile, par la proclamation de la victoire du Christ à la croix sur toutes les puissances du monde des ténèbres. L’Église s’étant corrompue, le sel ayant perdu sa saveur et la lumière n’éclairant plus le monde, plus rien ne résiste au retour des puissances du paganisme. Pour un temps encore persistèrent des habitudes morales d’origine chrétienne qui retardèrent la manifestation sociale des conséquences de l’apostasie des Églises. Mais, faute d’être vivifiées par la foi, même les meilleures habitudes finissent par s’effriter. Aujourd’hui nous assistons au retour en force de l’ancien paganisme et surtout de ce vieux gnosticisme que l’Église avait combattu et vaincu pendant les trois premiers siècles de notre ère. Car le prétendu Nouvel Age et son pendant pseudo-chrétien, l’illuminisme pentecôtico-charismatique truffé de signes et de prodiges frelatés, ressemblent comme des frères jumeaux à l’ancienne gnose des débuts du Christianisme.[31] N’oublions pas que le diable n’est pas très inventif et que ses erreurs et ses mensonges se répètent d’âge en âge.

L’effervescence pseudo-spirituelle que nous observons de tous côtés aujourd’hui n’est rien d’autre que l’accomplissement des malédictions divines promises par l’Alliance aux peuples qui rejetteraient le joug doux et facile de Jésus-Christ. Ce que nous voyons aujourd’hui est l’accomplissement de la parabole de la maison nettoyée. Le Christ l’adressa d’abord aux Juifs – qui furent les premiers d’une longue suite de nations apostates. Il l’adresse aujourd’hui aux nations qui ont, elles aussi, rejeté l’Alliance divine.

« Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il traverse les lieux arides, cherche du repos et n’en trouve pas. Alors il dit : Je retournerai dans ma maison, d’où je suis sorti, et, quand il arrive, il la trouve vide, balayée et ornée. Il s’en va et prend avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui ; ils entrent dans la maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération mauvaise. » (Matthieu 12:43-45)

Il n’en ira pas autrement pour notre génération méchante, impie, menteuse et perverse.

COMMENT S’EN SORTIR ?

Le retour aux bénédictions de Dieu passe aujourd’hui par le même chemin qu’au temps d’Israël. Le prophète Ézéchiel s’adressa à son peuple exilé (en un temps qui ressemble bien étrangement au nôtre) en ces termes toujours actuels :

« Je sanctifierai mon grand nom, qui a été déshonoré parmi les nations au milieu desquelles vous l’avez déshonoré. Ainsi les nations sauront que je suis l’Éternel, dit le Seigneur l’Éternel, quand je serai sanctifié par vous sous leurs yeux. […] Je répandrai sur vous des eaux pures, et vous serez purifiés ; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau. J’enlèverai le cœur de pierre qui est en vous, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon Esprit, et je ferai en sorte que vous suiviez mes préceptes, que vous observiez mes lois et les mettiez en pratique. » (Ézéchiel 36:23-27)

Ézéchiel annonce ici la Nouvelle Alliance accomplie par l’incarnation, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Le bénéfice de cette œuvre prodigieuse de délivrance et de salut nous est communiqué par l’action du Saint-Esprit envoyé du ciel par Jésus-Christ à la Pentecôte. C’est cet Esprit qui nous permet de bâtir notre vie et d’accomplir toutes nos œuvres sur ce roc inébranlable qu’est notre Seigneur Jésus-Christ par l’obéissance persévérante de notre foi à toute la Parole de Dieu. La maison bâtie sur ce roc ne tombera pas. Elle saura résister à tous les assauts d’un monde livré à la folie. Elle demeurera sans chanceler jusque dans la vie éternelle.

Que Dieu le Père Éternel, que notre Seigneur Jésus-Christ, son Fils unique, et que le Saint-Esprit nous fasse la grâce d’être et de rester devant Lui des membres inébranlables de son Alliance et de demeurer pour toute l’éternité de telles maisons spirituelles. Amen.

Jean-Marc Berthoud
Valence, Pâques 1992

[1]      John BUNYAN : La guerre sainte, Association Empreinte, Arzy F-74330 Silligny, 1989. Nous signalons la parution du grand classique de Bunyan, Le voyage du pèlerin dans une très belle nouvelle traduction aux Éditions L’Age d’Homme à Lausanne (1992).

[2]      E. TRUFFER : Jo business, Sida business, L’Age d’Homme, Lausanne, 1993

[3]      Pierre Michel BOURGUIGNON : On vous en mettra plein la vue ! Réflexions sur un fléau de notre siècle : la télévision, Lecture et Tradition (revue catholique traditionaliste), B.P. 1, F-86190 Chiré-en-Montreuil, 1991

[4]      Sur l’œcuménisme des erreurs voyez : Pierre WHEELER : Œcuménisme. La grande séduction, F.E.F., Yerres, 1989 ; Gabriel MUTZENBERG : L’œcuménisme, une nouvelle religion, Farel, Fontenay, 1987 ; Daniel Raffard de BRIENNE : Les voies étranges de l’œcuménisme, Lecture et Tradition, Vouillé, 1989

[5]      Bible dite à la Colombe

[6]      O. Palmer ROBERTSON : The Christ of the Covenants, Presbyterian and Reformed, Nutley, 1980 p. 4. Sur la permanence et le développement de l’Alliance dans la Bible, voyez le livre capital de C. van der WAAL : The Covenantal Gospel, Inheritance Publications, Neerlandia, Alberta, Canada, 1990

[7]      Arnaud-Aaron UPINSKY : La tête ou la parole coupée, O.E.I.L., Paris, 1991

[8]      Thomas MOLNAR : Twin Powers. Politics and the Sacred, Eerdmans, Grand Rapids, 1988 ; Jean HANI : La Royauté sacrée. Du pharaon au roi très chrétien, Trédaniel, Paris, 1984. Ces deux ouvrages remarquables sont à lire avec un regard critique.

[9]      Jean-Marc BERTHOUD : Social Contract Tradition and the Autonomy of Politics, Calvinism Today, Vol. I, No. I, 1991.

[10]    Jean-Marc BERTHOUD : Une religion sans Dieu. Les Droits de l’Homme contre l’Évangile, L’Age d’Homme, Lausanne, 1993

[11]    COLLECTIF : Révolution et Christianisme, L’Âge d’Homme, Lausanne, 1992

[12]    Pour une analyse courageuse et lucide des dangers qui menacent nos pays dits démocratiques aujourd’hui, voyez le beau livre de Jean-Pierre GRABER : Les périls totalitaires en Occident. La Pensée Universelle, Paris, 1983

[13]    Voyez les travaux de l’Association Création, Bible et Science, Case postale 4, CH-1001 Lausanne qui vous renseignera sur son action de lutte contre la mythologie évolutionniste et de défense d’une saine conception de la science ainsi que sur son combat contre les accommodements des chrétiens avec la religion transformiste et en faveur d’une exégèse solide des textes bibliques concernant la création. Pour une réfutation en règle des hypothèses évolutionnistes contemporaines voyez l’ouvrage de Michaiel DENTON : L’évolution, une théorie en crise, Flammarion, Poche, 1992

[14]    Jacques ATTALI : La médecine en accusation, article publié dans l’ouvrage collectif intitulé, L’avenir de la vie, Seghers, Paris, p. 268-274. Voyez également l’ouvrage révélateur du même auteur : L’ordre cannibale. Vie et mort de la médecine, Grasset, Paris, 1979

[15]    Parmi bien d’autres études voyez : Marcel de CORTE : L’intelligence en péril de mort, Club de la Culture Française, Paris, 1969 ; R.-L. BRUCKBERGER, Ce que je crois, Grasset, Paris, 1982 ; Louis JUGNET : Problèmes et grands courants de la Philosophie, L’Ordre français, 1974 ; Rousas J. RUSHDOONY : The Word of Flux. Modern Man and the Problem of Knowledge, Thoburn Press, Fairfax, 1975

[16]    Romano GUARDINI : Les sens et la connaissance de Dieu, Cerf, Paris, 1954

[17]    Sur Kant voyez l’ouvrage du philosophe kantien converti à la foi biblique, Heinz W. CASSIRER : Grace and Law. St. Paul, Kant and the Hebrew Prophets, Handsell Press, Edinburgh, 1988. Voyez l’étude de Roger VERNEAUX : Kant, critique de la critique de la raison pure, Aubier-Montaigne, Paris, 1972. Le plus grand adversaire de Kant à son époque fut son ami, croyant luthérien et écrivain, Johann Georg Hamann. L’étude d’Ellen Myers : Johann Georg Hamann : Interpreter of Reality in Christ, Journal of Christian Reconstruction, P.O. Box 158, Vallecito, CA 95251, Vol. XI, 1986-1987 est la meilleure introduction que nous connaissions à l’étude de la pensée de cet admirable défenseur de la réalité connue par les sens, le langage humain et la Parole de Dieu. Le chef-d’œuvre de Jean BRUN : Philosophie et Christianisme, Beffroi-L’Age d’Homme, Québec-Lausanne, 1988 est une étude critique de la tradition philosophique de l’Occident comme rejet toujours plus décidé du Dieu vivant et vrai.

[18]    Jacques HEERS : Le Moyen Âge une imposture, Perrin, Paris, 1992 ; Régine PERNOUD : Pour en finir avec le Moyen Âge, Seuil, Paris, 1977

[19]    Alister E. McGRATH : Iustitia Dei : A History of the Doctrine of Justification, Basil Blackwell, Oxford, 1986, 2 vols.

[20]    Alister E. McGRATH : Luther’s Theology of the Cross, Basil Blackwell, Oxford, 1985. Voici deux ouvrages récents sur Martin Luther : Heiko A. OBERMANN : Luther. Man between God and the Devil, Yale University Press, New Haven, 1989 (luthérien) ; Ivan GOBRY : Martin Luther, La Table Ronde, Paris, 1991 (catholique)

[21]    Deux ouvrages majeurs sur l’abandon par les protestants de l’héritage de la Réforme : François LAPLANCHE : L’écriture, le sacré et l’histoire. Érudits et politiques protestants devant la Bible en France au XVIIᵉ siècle, APA Holland University Press, Amsterdam, 1986 ; Henning Graf REVENTLOW : The Authority of the Bible and the Rise of the Modern World, SCM Press, London, 1984

[22]    Ce déclin spirituel et doctrinal est remarquablement relaté dans l’ouvrage de Donald W. DAYTON : Theological Roots of Pentecostalism, Francis Asbury Press, Grand Rapids, 1987. Voyez également notre étude : Jean-Marc BERTHOUD : Les racines évangéliques du pentecôtisme, Résister et Construire, Lausanne, No 11-12, 1990

[23]    Arnaud de LASSUS : Connaissance élémentaire de la franc-maçonnerie, Action Familiale et Scolaire, 31, rue Rennequin, 75017 Paris ; Paul RANC : La Franc-Maçonnerie sous l’éclairage biblique, Contrastes, Saint-Légier

[24]    Sur ces questions voyez les ouvrages suivants : Francis SCHAEFFER : Démission de la raison, Maison de la Bible, Genève ; Dieu ni silencieux, ni lointain, Trobisch, Kehl ; Dieu, illusion ou réalité, Kerygma, Aix-en-Provence ; Rousas J. RUSHDOONY : The One and the Many. Studies in the Philosophy of Order and Ultimacy, Craig Press, Nutley, 1971 ; Cornelius van TIL : A Christian Theory of Knowledge, Baker, Grand Rapids, 1969 ; Herman DOOYEWEERD : In the Twilight of Western Thought, Presbyterian and Reformed, Nutley, 1960 ; Gordon H. CLARK : Thales to Dewey. A History of Philosophy, Baker, Grand Rapids, 1980 ; C. Gregg SINGER : From Rationalism to Irrationality. The Decline of the Western Mind from the Renaissance to the Present, Presbyterian and Reformed, Nutley, 1979 ; Jean BRUN : L’Europe philosophe. 25 siècles de pensée occidentale, Stock, 1988

[25]    Toute l’œuvre de Jean BRUN n’est au fond qu’une longue réflexion sur les conséquences culturelles de cette révolte de l’homme contre le cadre créationnel de l’Alliance.

[26]    Pour une attaque réformée de cet égout collecteur voyez les ouvrages suivants : Pierre COURTHIAL : Fondements pour l’avenir, Kerygma, Aix-en-Provence, 1981 et surtout le maître livre de Pierre MARCEL : Face à la critique : Jésus et les apôtres. Esquisse d’une logique chrétienne, Kerygma, Aix-en-Provence, 1986

[27]    Voyez à ce sujet deux ouvrages essentiels dont la traduction en français est une nécessité urgente : Francis SCHAEFFER : The Great Evangelical Disaster, Crossway, Westchester, 1984 ; Richard L. HELDENBRAND : Christianity and New Evangelical Philosophies, P.O. Box 763, Winona Lake, Indiana 46590

[28]    R. J. RUSHDOONY : Freud, Presbyterian and Reformed, Nutley, 1973 ; R. J. RUSHDOONY : Revolt against Maturity. A Biblical Pychology of Man, Ross House Books, Vallecito, Ça 95251, USA ; Jay E. ADAMS : Competent to Counsel, Presbyterian and Reformed, Nutley, 1977 ; M. and D. BOBGAN : Psychoheresy. The Psychological Seduction of Christianity, 1987 ; Prophets of Psychheresy, I et II, East Gate, Santa Barbara, CA 93110, USA ; Paul C VITZ : Psychology as Religion, The Cult of Self-Worship, Eerdmans, Grand Rapids, 1979

[29]    Wolfgang BUHNE : La troisième vague… Le plus grand réveil de l’Église ? Maison de la Bible, Prévérenges, 1992 ; Dave HUNT et T.A. McMAHAON : La séduction de la chrétienté, Parole de Vie, Codognan, 1989 ; Guérisons et Miracles aujourd’hui. John Wimber et le mouvement charismatique, Kerygma, Aix-en-Provence, 1990. D’un point de vue catholique : Étienne COUVERT : De la gnose à l’œcuménisme (1983) et La gnose contre la foi (1989), Éditions de Chiré, Vouillé

[30]    Le meilleur livre disponible sur le prétendu nouvel âge : Douglas R. GROOTHUIS : Le Nouvel Age sans masque, Maison de la Bible, Genève, 1991

[31]    Peter JONES : The Gnostic Empire Strikes Back. An Old Heresy for the New Age, Presbyterian and Reformed, Nutley, 1992