Correspondance théologique

par | Résister et Construire - numéros 26-27

Notre frère Christophe Demierre recevait la lettre suivante relative à sa correspondance au sujet des pratiques spirituelles de Jeunesse en Mission :

Cher Monsieur,

Je vous invite fraternellement à relire et méditer Éphésiens 4:30-32 et ses conséquences : à juger vous-même l’œuvre de dénigrement associée à votre nom, dans le dernier numéro de Résister et Construire.

Comme toute œuvre, Jeunesse en Mission (JEM) a ses faiblesses. Dans l’échec que vous avez connu lors de votre école, la responsabilité revenait-elle aux faiblesses de tel enseignant… ou bien à votre propre faiblesse ?

Qui êtes-vous pour juger ainsi publiquement des ministères d’autrui ? On peut diverger de pensées ou de sentiment dans la mise en pratique de la vérité de la Parole. Mais de là à qualifier de « séducteurs passés maîtres dans l’art d’exploiter la crédulité des jeunes » les responsables de JEM, c’est de la médisance et de la malveillance d’une inspiration qui ne doit rien, ni au Seigneur, ni à sa Parole. Connaissez-vous Matthieu 7:2, Romains 12:16-17 ?

Je vous confie à la grâce de Dieu.

Maurice RAY, Pasteur, Le Sentier

 

Nous publions la réponse de M. Christophe Demierre :

Monsieur le Pasteur,

Votre lettre m’est bien parvenue. Merci de vous être donné la peine de m’écrire votre réaction par rapport au dernier Résister et Construire et, en particulier, à ma contribution.

Avec vos lignes sous mes yeux, permettez-moi de vous faire part de quelques précisions, non sans regretter que, dans ce que vous m’écrivez, vous esquiviez le fond du problème. Car il ne s’agit pas de juger des frères, mais bien de juger des pratiques douteuses, séductrices, qui vont à l’encontre de l’enseignement biblique et dont les fruits (qui ne sont pas la réponse à des appels où le prédicateur et ses musiciens font jouer la corde sensible de l’auditoire) parlent d’eux-mêmes, laissent songeurs. Et je vous informe que je n’ai suivi aucune école à Jeunesse en Mission, contrairement à K. Alder.

Quand je parle de « flou doctrinal », de « pratiques parfois douteuses », de « fondements de la foi escamotés au profit d’une soi-disant liberté du Saint-Esprit », de « séduction qui pénètre dans l’Église », d’« envahisseur qui est passé maître dans l’art d’exploiter la crédulité des jeunes et le sentimentalisme d’un peuple nombreux », de « recherche de sensations, d’émotions.… », d’« un peuple avide d’expériences », etc, vous, vous me parlez de faiblesses. Oh ! je suis déjà rassuré d’apprendre que vous constatez des faiblesses dans JEM ; mais pourquoi donc ne reconnaissez-vous pas que certaines de ces faiblesses sont tout simplement des erreurs ou des pratiques qui desservent la cause de l’Évangile ?

Ce qui m’étonne le plus, et je vous le dis avec tout le respect que je vous dois, c’est que vous ne vous rendiez pas compte que JEM, non seulement use de séduction, mais aussi, par ce moyen, conquiert petit à petit toutes les paroisses réformées et les communautés évangéliques (voire même catholiques). Et il faut bien voir que ce n’est pas l’Évangile que JEM implante un peu partout, mais des pratiques et des doctrines qui, se réclamant de cet Évangile, s’en distancent cependant, car la foi engendrée par elles s’appuie davantage sur le visible, expérimentations, sentimentalisme, événements spectaculaires, réponses aux prières, mouvements de foules, soirées de louange vivante et bruyante, parler en langue, « réussite » dans l’évangélisation, guérisons, dons de l’Esprit, etc, que sur l’invisible, le roc de la Parole de Dieu. Toutes ces choses ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, je le reconnais bien, mais je dénonce l’usage exagéré et impropre qu’en fait JEM.

En plus, cette manière de prendre pied dans chaque région risque de faire perdre aux églises locales leurs spécificités, leurs couleurs propres. On s’en rend déjà compte aujourd’hui où bien des communautés dégagent « l’ambiance JEM ». Je dis que cela est dangereux, parce que l’unité que nous pourrions trouver là ne se situe pas dans l’œuvre parfaite du Seigneur Jésus-Christ à la croix, c’est-à-dire dans la foi biblique, mais dans une même manière de rendre un culte à un Dieu que l’on connaît à peine, voire pas du tout. Même si JEM ne faisait que du bon travail, cette organisation n’en resterait pas moins une béquille pour l’Église ; béquille dont elle devrait aspirer à ne plus se servir parce qu’elle aurait choisi de vivre dans l’obéissance de la foi, en se sanctifiant par le moyen de la Parole de Dieu.

Ce n’est pas à cela que nous assistons. Nous voyons des communautés « utiliser » les services de JEM dans le but d’attirer des jeunes, de ramener un peu de vie dans l’église, d’apprendre des techniques d’évangélisation, d’exorcisme, de formation de disciples. On attend aussi que JEM nous apprenne à mieux louer Dieu par la musique, le mime, la danse, le parler en langues et que sais-je encore. Mais qui nous apprend à vivre simplement et saintement dans la liberté que le Christ nous a acquise à grand prix ? À vivre une vie paisible, droite, responsable, virile, où la sensation et le miracle ne seront pas forcément (et même rarement) au rendez-vous ? Que deviendrait ma foi si demain m’était enlevée toute possibilité d’assister à une guérison, d’entendre un chant en langues, de voir des gens se lever en réponse à un appel, de participer à un séminaire de louange, d’être ému aux larmes dans une réunion de prières, etc. ?

Revenons maintenant à votre lettre. Vous me reprochez de juger publiquement des ministères, de parler de « séducteurs » à propos des responsables de JEM, faisant preuve ainsi de malveillance et de médisance. Alors permettez-moi de bien préciser, et vous pourrez le vérifier dans mes textes si vous les détenez encore, que je ne juge pas des ministères mais des faits, des pratiques, m’exprimant à leur sujet et étant prêt à en débattre dans la paix et l’humilité. Ensuite je ne parle jamais des responsables de JEM en les nommant « séducteurs », Certes quelques-uns séduisent les foules par leur manière de parler et d’être, mais je dis davantage que la séduction se trouve dans ce qui est colporté par l’organisation : l’ambiance, la musique, certains enseignements, certaines techniques. Et puis est-ce de la malveillance de juger, c’est-à-dire de parler de faits qui voilent la splendeur et la majesté de la grâce de Dieu qui est en Christ ? Est-ce manquer d’amour que d’appeler les frères et les sœurs au discernement, afin qu’ils se confient dans l’œuvre du Christ plutôt que dans l’œuvre des hommes, si belle soit-elle ?

Merci, Monsieur le Pasteur, d’avoir bien voulu me lire jusque-là. Que notre Seigneur nous garde de nous enorgueillir et qu’Il nous conduise encore vers plus de lumière, par sa seule grâce.

En vous saluant bien cordialement en Jésus-Christ.

Christophe DEMIERRE, Vevey

Un lecteur de Résister et Construire qui avait distribué le dernier numéro de la revue à divers amis évangéliques a reçu la lettre d’appréciation suivante :

Monsieur,

Je vous remercie pour votre envoi que j’ai lu avec beaucoup d’attention.

Personnellement, je cherche d’abord l’accord du Seigneur dans ce que je fais. Les pharisiens qui se sont opposés à Jésus ne l’ont pas compris et se sont bornés à rester dans leurs traditions humaines.

Je trouve cette brochure très dure envers JEM qui a répondu à l’ordre du Seigneur d’annoncer l’évangile. On peut à la rigueur ne pas être d’accord avec leur système ; de là les traiter de satanique relève de la prudence (ou imprudence ?) avec le blasphème contre le Saint-Esprit.

Ceux qui en général critiquent les autres dans l’évangélisation, ne vont eux-mêmes jamais évangéliser et n’aiment pas ce commandement.

Quant à la musique, le Seigneur m’encourage pleinement dans ce ministère. Beaucoup de personnes se sont données à Jésus depuis de nombreuses années et sont à leur tour des témoins pour les autres.

La brochure a dans le titre le mot « construire ». Je ne lui trouve rien de constructif, mais elle est plutôt destructive envers le corps de Christ.

La place qui lui revient de droit chez moi est la poubelle.

Ceci n’a rien d’une attaque contre vous, mais je suis triste de voir que nous perdons du temps sur des opinions humaines et qu’il y a tant de personnes qui ne connaissent pas Jésus-Christ.

Utilisons plutôt nos forces à faire avancer le Royaume des cieux.

Que le Seigneur vous bénisse dans votre réflexion.

Denis HAUSWIRTH, Morges

Notre abonné répondit comme suit :

Monsieur,

Dès mon retour de vacances j’ai eu l’agréable surprise de trouver votre réponse suite à mon envoi du journal Résister et Construire.

Je vous prie de m’excuser pour ce grand retard, mais il faut le dire : j’ai été surpris de la teneur de votre lettre, car votre virulence me paraît incompatible avec la croyance que vous dites avoir.

Je comprends aisément qu’oser contester les méthodes de JEM est blasphématoire dans certains milieux.

Mon cher frère, je ne sais pas si vous avez constaté que lorsque l’on étudie le Nouveau Testament on s’aperçoit que 99 % des instructions sont des exhortations données à l’Église et que des 290 chapitres du Nouveau Testament, seulement un est exclusivement pour l’évangélisation.

Néanmoins, de nos jours, près de 99 % des activités de l’Église ont pour but de récolter des âmes et le 1 % restant est utilisé pour les nécessités internes de l’Église.

N’avons-nous pas modifié à notre convenance l’enseignement de la Parole ?

Le témoignage que Dieu nous demande nous le trouvons dans Actes 2 : 42 et 47.

Il ne faut pas oublier que c’est uniquement le Seigneur qui peut ajouter à son Église ceux qui doivent être sauvés.

Par rapport à la musique rock dite « chrétienne », rassurez-vous. Ce n’est pas Résister et Construire qui le dit, sinon les dépêches des quatre coins de la planète qui confirment ces propos, car il ne faut pas être « illuminé » pour comprendre que cette musique est loin d’être spirituelle (Gal. 5 :22 et 23).

Je vous prie d’agréer mes respectueuses salutations dans le Nom de celui qui viendra bientôt.

Carlos CORONEL, Lausanne